Label marocanité : fast information

Le type de papier érigé comme un dossier à charge au sens pénal du terme. Est-ce suffisant pour provoquer l’ire de certaines plumes marocaines qui y voient la sombre main de l’ancien colonisateur ? Le combat du «parti de la France» contre «le parti des Arabes» ! Le venin sournois de la francophonie et de ses affidés !…On se calme. La journaliste, Isabelle Mandreau, dont la connaissance du Maroc est sujette à caution semble user, en la circonstance, de sa carte de presse comme une arme de pression. Pourquoi ? Allez savoir. Ce n’est pas  le plus embarrassant. Le problème, c’est que l’article est publié dans Le Monde. Il bénéficie ainsi de tout le prestige, l’aura et la couverture de ce titre. Ce journal, malgré ses difficultés actuelles, pour l’essentiel financière, demeure, pour la majorité des ses lecteurs, l’organe d’information insoupçonnable. Et si le papier est rude, il est loin d’être, à mes yeux, le produit d’un complot ourdi par le journal lui-même. L’article en soi est médiocre. Il est surtout tendancieux et semble souffrir de la consanguinité corporatiste. Une journaliste qui défend des copains journalistes. Il ressemble étrangement à celui de Martine Gozlan, rédigé il y a deux semaines dans Marianne. On parlerait presque de «fast information» comme il y a du «fast food». C’est loin, en somme, de la gastronomie journalistique. Il reste que ce type de papier prend un risque dont nous Marocains on mesure toute la dangerosité. Ils sont l’occasion pour les obtus, les conservateurs de tout poil et autres pourfendeurs de la modernité, souvent confondue au Maroc avec la francophonie, la possibilité de délier leurs langues les plus fielleuses. Cela pousse ceux-là même qui s’agenouillaient, hier encore, devant le Monde de Jean-Pierre Tuquoi et de Stephen Smith (ce qu’on a toujours refusé de faire) à s’ériger aujourd’hui en avocat zélé d’un Maroc uniforme, unidimensionnel usant de l’arabité mythifiée et de la francophobie contre tout ce qui sent un peu de francophilie. Bah ! Heureusement que tout ce qui est excessif est insignifiant. L’article, pour y revenir, participe de ce que j’ai qualifié une fois de «pensée string». Elle consiste, cette pensée, à cacher l’essentiel en feignant tout montrer.  Les avancées incontestées, certes ici ou là gênées, que connaît le Maroc depuis dix ans s’effondrent et passent par perte et profit aux yeux de ces écrits simplistes. Et pourquoi ? Parce qu’ils défendent, par solidarité, un quarteron d’enfants gâtés de la «transition démocratique» contrariés qu’ils sont dans le délire de faire du métier même de journaliste le synonyme d’impunité et d’irresponsabilité.

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