Label marocanité : La farce

C’est le cas de l’intention de ces jeunes, et je dis bien l’intention, de théâtraliser une rupture diurne du jeûne qui a démarré, comme disent les anglophones, sur le mode d’un joke. La force et la sève d’une jeunesse résident dans sa part contestatrice. Et la loi, constat historique, n’évolue pas seulement par son strict respect. Facebook, outil favori des jeunes, va servir de relais. L’Etat va prévenir l’acte. Il n’aura pas eu lieu. Il n’a donc pas de matérialité. La réaction sociale, elle, sera disproportionnée et constituera l’occasion d’une démonstration de forces conservatrices parmi les plus fanatisés. L’expédition va tourner au vinaigre et la plaisanterie deviendra farce.
Quand les adversaires ont des fusils vides. Nous on s’ingénie à leur livrer les cartouches. L’axe médiatique Paris-Madrid ne va pas tarder à réagir. El Mundo l’espagnol, spécialiste de l’antimarocanisme pavlovien va couvrir l’épisode avec sa méchanceté poisseuse tandis que le Monde parisien, sous la plume du sniper Tuquoi, qualifiera l’incident «d’affaire d’Etat». La presse marocaine, elle, fera ses choux gras avec la pépite sensationnelle. Les plus traditionalistes vont trouver l’occasion de donner de la voix. Les propos les plus éculés et les idées les plus fielleuses vont être déversés sur tous ceux qui ne leur ressemblent pas et à qui, pour cette raison, ils refusent jusqu’à la marocanité. Ils aiment les qualifier du parti de la France. Ils rêveraient, s’ils en avaient le pouvoir, de les expulser du pays.
En réalité, cette affaire, pour mineure qu’elle soit, pose les termes du profond débat sur les deux modèles de société qui coexistent (jusqu’à quand ?) dans le pays. Le modèle qui aspire à la modernité, à la démocratie et au pluralisme y compris avec ses sommations de liberté de conscience. Et le modèle, tout aussi importé,  qui nous imposerait une identité monolithique, compassée, caporalisée et où tout le monde se ressemble comme des petits pois. Dans ce dernier cas, le Maroc en deviendrait un sac de légumes congelés.
Enfin, on en est venu avec tout ce buzz à évoquer la disparition de l’initiatrice dans le pays de l’ier. Je suppute qu’elle s’est cachée de peur pour sa vie car, si j’ai bien compris, elle aurait reçu d’anonymes menaces de mort. C’est grave docteur. Et inadmissible. Intention pour intention, un Etat de droit ne peut et ne doit tolérer qu’une partie de ses citoyens, même et surtout ultra minoritaires, soit menacée de vendetta, assassinat et égorgement. Surtout pour leurs idées et une démarche pacifique. C’est même le contraire qui définit l’honneur d’un Etat : celui d’être en capacité de garantir la sécurité de ses minorités.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *