Label marocanité : La préférence étrangère

C’est inénarrable tant c’est honteux. Un ami, personnalité éminente, cherchait à louer une villa qui correspond à son standing. Il s’agit de l’une de ces villas cossues qui parsèment, à Rabat, Hay Riad, Bir Kacem et autre route de Zaërs. Lorsqu’on fait ce type de choix, c’est que l’on a les moyens d’y faire face; ou alors on se contente d’un studio. Durant sa prospection, une des propriétaires lui  a déclaré, sans s’étrangler et sans la moindre hésitation, qu’elle ne louait pas aux Marocains. Et qu’elle préfère, «bla hchama bla hya», mettre son bien à la disposition d’un étranger, sous-entendu que celui-ci lui garantit un loyer régulier et un entretien correct de sa maison, de ses salons, ses cuisines et de son vaste jardin. Choquant. Je connaissais, pour l’avoir, avec d’autres, combattue en France, la préférence nationale prônée par le Front national. Je découvre que dans mon propre pays, la préférence étrangère peut se pratiquer sans complexe ni retenue. Sommes-nous bien à quelques jours, le 18 novembre, du 53ème anniversaire de l’indépendance?
Je ne vais pas procéder par les généralisations abusives, comme le fait cette riche propriétaire ou héritière ou qu’en sais-je. Tous les Marocains, loin s’en faut, ne réagissent pas de la sorte.  Mais pour en avoir parlé autour de moi, on m’a, à plusieurs reprises, confirmé que ces pratiques sont monnaie courante. Plus le bien est précieux, plus les propriétaires sont réticents à le confier à des locataires marocains. Ce n’est ni une affaire de moyens ni une affaire de standing. C’est une affaire culturelle. Elle participe de la dévalorisation en procédant par une généralisation, toute aussi abusive qui fait des étrangers, occidentaux en particulier, des gens dignes de confiance. De là à dire qu’ils sont plus propres, sous-entendu que les nôtres sont plus sales, il n’y a qu’un brin d’hésitation, très facilement franchissable. De la discrimination ? Oui, en quelque sorte. Du racisme ? Cela suppose la haine de l’Autre. On est plus face à une forme d’auto-racisme et une auto-discrimination. C’est de la haine de soi et de son moi culturel, par projection sur les autres. Or rien, je dis bien rien, ne saurait justifier une attitude aussi généralisatrice, sans discernement ni nuance. Non seulement elle doit être moralement répréhensible mais, dans un Etat qui se respecte, cela doit être pénalement incriminable. Lorsque les riches d’un pays ont la haine des leurs, c’est-à-dire la détestation d’une part d’eux-mêmes, pourquoi voulez-vous qu’on demande aux  va-nu-pieds qu’ils soient fiers de ce qu’ils sont, de leur pays, de leur Nation.

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