Label marocanité : la riche et le rêche

Ni le Mondial, ni le tour de France n’ont pu empêcher le déluge de révélations qui, chaque jour, assaillent Eric Worth. Cet homme, jusqu’à là discret, efficace et connu pour être besogneux, est rentré par effraction dans une célébrité dont il aurait pu s’en passer. Il n’y a pas si longtemps, il était donné favori pour la primature et on parlait de lui comme potentiel remplaçant de Fillon, l’actuel Premier ministre. Gageons que son avenir politique a désormais un horizon extrêmement limité. Si l’opposition et la presse, notamment le désormais célèbre site Médiapart, ne lâchent pas prise, c’est que l’affaire touche à l’ADN même du règne sarkozyste et son rapport à l’argent. En inaugurant son mandat sous les auspices du Fouquet’s et le yacht de son ami Bolloré qui mouillait sur rives de Malte, Sarkozy  a ostentatoirement affiché son goût pour l’argent et le clinquant du bling bling. Il a beau vouloir, depuis quelques temps, dissimuler la Rolex à 35.000€euros et évite ses Ray-Ban miroir pour faire son jogging, il ne cesse d’être rattrapé par cette image du suprême représentant d’une droite décomplexée par l’argent roi. Paradoxe, le coup, très rude en vérité, est venu d’une milliardaire discrète, presque austère et de celui qui se targuait d’être monsieur propre tellement il fait de la lutte contre l’évasion fiscale son cheval de bataille. Eric Worth, alors ministre du Budget, était parti, tel un corsaire, à la chasse du trésor dans les îles paradisiaques où le fisc n’est pas le bienvenu mais aussi dans les méandres des comptes suisses à numéro. Les deux acteurs de cet épisode, la riche Bettencourt et le rêche ministre, incarnent les figures emblématiques d’une contradiction insupportable pour l’opinion tellement elle porte en elle une dose intolérable d’immoralité. Il y a le soupçon de la fraude fiscale d’une richissime dame qui, en ces temps de crise et de rigueur, en arrive jusqu’à oublier qu’elle possède un compte garni de 180 millions€euros. Il y a le soupçon de la complicité du ministre, par femme interposée, qui, malgré les dénégations, reste fort probable. Comment demander des efforts aux retraités et aux smicards tandis que la très riche minorité reste exonérée du devoir d’effort? C’est indéfendable. Si on y ajoute que le fisc, ce qui n’a rien d’illégal, a remboursé à Liliane Bettencourt 30 millions euros, on touche là à l’impudeur de la mesure la plus emblématique du mandat de Sarkozy, à savoir le bouclier fiscal. Une mesure qui ne touche, en France, que 400.000 personnes.

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