Label marocanité : Le batteur de Brighton

Pour intervenir dans un séminaire sur l’immigration, j’ai fait, le week-end dernier, un saut à l’Université de Brighton, au sud de Londres. Le hasard m’a télescopé avec Halloween, cette fête antique, celtique, surtout anglo-saxonne et qui est un vrai moment de défoulement. Moins que Carnaval, plus latin, Halloween est une fête enfantine qui contamine les adultes et qui peut rendre tout un peuple espiègle. Elle donne l’impression d’être un moment de pause. Un temps de rupture. Elle fait d’un pays un immense bal de déguisement qui fait honneur à l’horreur et qui donne la primauté aux accoutrements sanguinolents.
Le soir, les pubs étaient pleins. Je me suis engagé dans l’un d’eux, à proximité de l’hôtel. Un groupe de jeunes anglais y jouait des musiques, populaires et connues, qui mettaient en transe l’assistance délurée. D’emblée, j’étais frappé par le batteur, un jeune qui a la vingtaine. Pièce maîtresse du groupe, il avait non seulement du talent, un immense talent, mais on ressentait, chez lui, un grand amour pour la musique. Une résolution absolue à bien réussir chaque morceau. Une détermination à ennoblir, par le rythme, les notes relâchées par les instruments de ses collègues. Le tout dans un ravissement commun entre les membres du groupe. Entre le groupe et la salle. Entre la salle et les propriétaires et les employés du pub…. Le morceau d’un peuple qui s’amuse… dans la liberté.
Ils sont drôles ces Anglais. Personne ne doute ni du sérieux ni du flegme de ce peuple. Il est, dans le même temps, besogneux, jovial et créatif. Et la créativité va de pair avec la liberté. Personne ne doute, non plus, de son apport à l’histoire et au monde y compris parfois au prix des horreurs en Afrique du Sud, aux Indes ou en Amérique. A côté de choses très sérieuses, ils sont aussi les inventeurs du football, des Beatles et de la capote. C’est connu. Mais ce qui est, en revanche, prodigieux, c’est cette singularité qui les distingue : Tout le monde conduit à droite. Ils conduisent à gauche. Tout le monde se convertit à l’euro. Ils gardent la livre Sterling. Ils sont à l’apogée de la modernité mais tiennent à leurs traditions dont l’institution monarchique, une des plus vieilles du monde, avec tous ses apparats et fastes victoriens.
Voilà, pour un Maroc en quête de sens, un exemple (et non pas un modèle) et une voie à suivre. N’avons-nous pas aussi une dimension insulaire? Avons-nous vraiment besoin de pasticher un modèle égyptien, saoudien ou occidental ? N’avons-nous pas nos propres ressorts et notre propre singularité. Cultivons-les et dégageons la quintessence de ce que nous sommes. Vraiment.

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