Label marocanité : Le facho et le fâché

Le prochain scrutin présidentiel en France risque d’être celui de toutes les stupéfactions. Jamais la France des blancs, des blacks, des beurs… et des peurs ne s’est autant invitée au débat. Et pour cause, des personnages antinomiques entament déjà des accouplements idéologiques incestueux. Comme au casino, le jeu est ouvert et rien ne va plus.
A l’exemple de Jean-Marie Le Pen qui surprend par ses nouvelles virevoltes. Par la grâce de la stratégie de son influente fille, Marine, il entend, tel un vieux vin, se bonifier. De son âge avancé, il tire avantage pour jouer le rôle du patriarche de la nation qui vient au secours d’un pays en déliquescence. Le corsaire n’appelle plus au sabordage du navire. Il se veut maître-nageur et sauveteur de la noyade qui menace d’engloutir le pays. Et comme un père de la nation veille sur tous ses petits, il n’exclut plus. Il intègre tous azimuts. Le solide stentor, vociférant et diabolisé, cède la place à un vieux sage qui aime la France avec ses réalités et sa diversité. Le second tour de l’élection 2002 a fini par lui donner le goût succulent de la victoire et le voeu fraternel du rassemblement nécessaire pour y accéder.
Le Pen se met même à défendre les immigrés et tous ces  «Parqués dans les culs de sac… que sont les cités, traités tantôt comme des victimes, tantôt comme des criminels». Dimanche dernier, au Bourget, sa moulinette à tout récupérer a fonctionné à plein régime. Il a égrené un chapelet de victimes du système qui, hier encore, étaient ses éternels boucs émissaires. Chaque «méprisé» a eu sa quote-part de bienveillance : les immigrés, les patrons, les ouvriers, les femmes, les vieux, les jeunes… et même les fonctionnaires. Il a parlé à tous ces Français à qui on a volé l’école qui sentait autrefois l’encre et la craie, le village paisible que le seul clocher pouvait extraire de sa léthargie, la confiscation de la liberté par l’insécurité, l’égalité érodée par les communautarismes, le travail rare et délocalisé, la laïcité menacée par le religieux ostentatoire et arrogant. C’est lui qui avait tout prévu. C’est donc  lui l’homme de la situation.
On aura tout entendu et aussi tout vu. Le clou inattendu du spectacle fut la visite fracassante de Dieudonné chez Le Pen. Le chantre des indigènes de la République à la rencontre du ténor des indigènes de la Nation. L’agitateur de la conscience noire face au réveilleur de la conscience blanche. La rencontre du facho avec le fâché. Dieudonné est le fâché. Il est avec  tous les Pinocchio politiques (UMP et surtout PS) aux nez qui s’allongent au fil du temps. Avec surtout les Gepetto (entendre le Juifs) qui les manipulent. L’humoriste ostracisé et le tribun satanisé partagent donc le statut victimaire face à l’adversité occulte. Et si Dieudo n’appelle pas encore à voter Le Pen, il ne dit plus «qu’il ne faut pas» le faire. Virage ou dérive ? En rire ou en pleurer ?
Finkielkraut et consorts auraient tort de se réjouir de ce qui apparaît comme une errance idéologique furtive du saltimbanque. Cela ressemble plutôt à une radicale transhumance avec humour, fiel et bagages.

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