Label marocanité : Le fidèle et le rival

Label marocanité : Le fidèle et le rival

Grandeur et décadence de la politique. En dix ans, Jacques Chirac aura perdu 5 élections. L’une durant le premier mandat, après une malheureuse dissolution. Les quatre autres dans le second. Mais le résultat du référendum du 29 mai demeurera dans les annales de son règne comme le plus stupéfiant des camouflets. Le plébiscite éventuel qu’il pensait, tactiquement, tirer de l’instrument référendaire a non seulement viré à la bérézina, mais il a, en plus, emporté, dans son sillage, élites, représentations parlementaires et tutti quanti.
L’heure est grave. Jamais rupture entre le pays réel et le pays institutionnel n’a atteint un degré si élevé. Et si la légitimité institutionnelle du président est hors de cause. On ne peut qu’être forcé de s’interroger sur sa légitimité électorale.N’est pas De Gaulle qui veut. Et les faits le prouvent. On pouvait espérer une réponse politique qui sied aux circonstances. C’était mal connaître le métal dont Chirac est fabriqué. En guise de réplique, il a privilégié la table du poker et le terrain politicien. Non seulement il a désigné, sans surprise aucune, de Villepin après avoir desséché, jusqu’à plus soif, la fidélité de Raffarin. Mais pour le coup, il offre aux Français un tandem pour le prix d’un vélo. Deux avantages : il évite de cohabiter avec la voracité insatiable de Sarkozy. Il transfère, du coup, la cohabitation abhorrée sur le terrain du gouvernement. Connu pour être amateur de sumo, il jette deux mastodontes, le fidèle et le rival, sur le tatami. Force est d’admettre qu’on est plus près du jeu que de l’enjeu.
Sarkozy le retour. Sarko-César. Vini,Vidi,Vici. Il est très fort, Sarkozy. Les autres trinquent, lui reste ultra populaire. Il est le chef du parti qui dirige la France. Mais il n’est comptable de rien. Sa puissance est certes puisée dans un talent époustouflant, mais elle prospère aussi sur la vacuité qui frappe le personnel politique.
On le sort, pour l’affaiblir, par la porte. Il revient, encore plus herculéen, par la fenêtre. Cet homme, fut tancé le 14 juillet dernier, comme un rejeton, par un président jaloux de ses prérogatives au point d’affirmer « je décide et il exécute ». Cet homme pour lequel une jurisprudence, de circonstance, fut élaborée «Si tel ou tel ministre veut se lancer dans la campagne, s’il est élu président de l’UMP, il démissionnera immédiatement ou je mettrai fin immédiatement à ses fonctions». Cet homme accusé de «calculs» et «d’ambition» de nature à «perturber l’action des trois années à venir». Cet homme-là revient avec le titre de ministre d’Etat, la présidence UMP et la présidence d’un des plus riches départements de France. Plus grave encore. Il se voit confier le ministère de l’Intérieur qui veille et surveille, en plus de la sécurité, les renseignements, les écoutes téléphoniques, les coups tordus et les découpages électoraux.
On voit mal comment une telle concentration de pouvoir peut se laisser intimider par un de Villepin nonobstant la flamboyance, l’éloquence, la verve et le verbe du natif de Rabat.

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