Label marocanité : le gotha des ghettos

Et surtout, surtout d’être l’un des rares sports à générer la violence dans son sillage. Les hooliganismes, anglais soit-il, parisien ou casablancais, en sont des quitus. La politique et surtout les politiques privilégient ce sport pour sa capacité de mobilisation des masses populaires. Ils en font toutefois un peu trop comme c’est le cas aujourd’hui avec l’équipe de France. Certes la prestation de ce team est des plus médiocres. Certes la rébellion endimanchée des joueurs revêt un caractère un tantinet capricieux. Mais de là à en déduire que la crise traversée par l’équipe de France est symptomatique de la crise, réelle elle, de la société française, on pousse un peu mamie dans les orties, comme dit ma fille. On disait en 1998, faussement et exagérément, des «Dieux des stades» menés par un Zidane, qu’ils sont un concentré prodigieux de Blanc, black, beur qui renvoie à une société plurielle, soutenue par la concorde et la fraternité. C’était tout aussi faux que de faire porter, avec démesure, à l’équipe d’aujourd’hui, très black avec un zeste de blanc, les points nodaux et obsessionnels du débat identitaire français. La vérité est plus simple, et il faut le dire, peu avouable. Pour un pays qui se targue d’avoir les DOM-TOM, ce n’est pas la couleur de peau des individualités talentueuses qui constituent son équipe qui dérange. C’est plutôt le modèle culturel dont ils sont porteurs qui perturbe. Ils incarnent, en somme, le passage du ghetto au gotha. Ils personnifient la victoire de la culture des quartiers et de la banlieue, en partie produite par l’immigration, sur la culture saucisson, béret et pinard. La mélancolie, c’est de constater le triomphe du hip hop sur l’accordéon et du Mac Do sur le cassoulet. Si on y ajoute l’indécence de l’étalage bling bling de tous ces mômes archimilliardaires… il y a de quoi donner de l’urticaire à plus que d’un Zemmour tant c’est porteur de revanche symbolique. J’ajoute que l’immense majorité de ces joueurs ont connu les affres du grippage de l’intégration. Belle échappatoire donc. Ils se «sur-intègrent» dans les signes de la mondialisation et dans ses symboles avec une survalorisation de la «way of life» afro-américaine. Et Anelka, à l’instar des autres, le fait avec ostentation. Ce pied de nez-là est indigeste pour beaucoup de petits blancs. Maintenant, Alain Finkielkraut doit gérer plus adroitement ses urticaires. En se déchaînant contre cette équipe «black, black, black» et en la traitant de «caillera»  il commet une faute grave contre l’esprit. Le racisme, et lui le sait mieux que quiconque, c’est de qualifier les gens pour ce qu’ils sont et non pas pour ce qu’ils font. Bien ou mal.

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