Label marocanité : Le sens et l’essence

Label marocanité : Le sens et l’essence

Le Front national français se pourlèche les babines. Il attend les présidentielles avec gourmandise. Durant les trois semaines d’émeutes qu’a connues la France, le parti de Le Pen était celui qui, dans le paysage politique, s’exprimait le moins. Il n’en avait, comme il n’en a toujours pas, besoin. Les autres travaillent pour lui:
Avec tous ces jeunes qui crament des bagnoles, Le Pen sait que ceux-ci fabriquent autant de tracts en sa faveur. Avec ces Sarkozy et De Villepin qui, dans une course à l’échalote déchaînée, ne cessent de dépouiller son programme, il peut afficher son satisfecit, tant sa victoire sur les esprits est grande. Avec un Finkielkraut qui accrédite la funeste idée de choc de civilisations, porteuse de haine et de conflit, il peut dormir tranquille puisque même les philosophes éclairés et pas trop médiatiques rejoignent ses idées. Avec cette droite UMP« bête et méchante » qui, à défaut de tracer des perspectives d’avenir, a préféré touiller la mémoire pour trouver des vertus à la colonisation. Comme si la loi devait remplacer les historiens, comme si le Parlement devait se substituer à l’université. Avec enfin ce crime insoutenable qui a consisté à immoler, dans la rue, une jeune fille qui porte un nom enivrant, Shéhérazade.
Shéhérazade est jeune puisqu’elle a 18 ans. Elle était belle, très belle avec ses yeux en amende et sa chevelure noire et troublante. Elle est Française mais aussi un adorable produit de l’immigration marocaine. Shéhérazade n’est presque plus puisqu’elle est à l’hôpital, au service des grands brûlés. Son corps et son visage sont carbonisés à 60 %. Elle a été plongée dans un coma artificiel destiné à lui éviter des souffrances monstrueuses. Tiens ! Une réaction officielle marocaine aurait été, dans la circonstance, plus appropriée.
L’agresseur aurait aspergé Shéhérazade d’essence avant d’en faire une torche. Il aurait agi par « dépit amoureux ». Il n’aurait pas accepté, lui Pakistanais d’origine d’être rejeté par la Marocaine d’origine. Probablement parce qu’il n’est pas beau. Qu’en sais-je! Certainement parce qu’elle n’en avait pas envie. Va savoir ? Ou alors, tout simplement, qu’à dix-huit ans, on a d’autres choses en tête que l’envie de mariage….
Peu importe, le choix de Shéhérazade n’a pas été respecté. Pire. Sanctionné de la pire manière : brûlée comme une vulgaire Ford fiesta.
On parle, pour expliquer l’acte écœurant, d’un homme qui aurait agi en vertu d’un code d’honneur. Et c’est le meilleur. C’est quoi cette inculture qui a conçu le «crime d’honneur». N’est-ce pas plutôt de déshonneur qu’il s’agit. C’est quoi cet honneur qui fait qu’un homme ne supporte pas l’intégrité physique d’une femme? C’est quoi cet honneur qui dénie la liberté personnelle ? Pourquoi la barbarie ne s’assume-t-elle pas ? Pourquoi faut-t-il que la bestialité se pare de la toge d’honneur ?
Le Pen peut se frotter les mains. Entre les fatwas des organisations musulmanes, censées ramener le calme, et les crimes d’honneur, il est servi.
Tout fout le camp. La perte de sens est comme remplacée par le recours à l’essence.

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