Label marocanité : L’écart

L’incendie de l’usine qui a fauché une cinquantaine de vies, est un médiocre pastiche de la Tour Infernale d’Irwin Allen. L’évasion des neuf salafistes, version marocaine et barbue, est aussi spectaculaire que «La Grande Evasion» de John Struges avec sa pléiade de grands acteurs menés par un Steve McQueen ahurissant. Et puis, il y a cette pâle copie du « Bus en folie» de James Frawley avec cet engin qui, en fin d’une matinée casablancaise et ensoleillée, a foncé sur des gens qui n’avaient que le défaut de se trouver sur son chemin. Autre particularité. Ailleurs, le fait divers fait généralement diversion. Chez nous, il devient automatiquement un fait politique. Et pour cause.
Depuis quelques années, il y a comme un écart béant entre les fortes réformes symboliques qu’entreprend le pays et l’anémie des mises à niveau des secteurs qui touchent directement et quotidiennement la vie des Marocains. Ces trois événements, parmi d’autres, soulignent, avec un gros fusain, les défaillances graves de notre société dont la première efficacité est de nourrir cet écart. On s’interroge souvent sur la défiance et le manque de confiance qu’affiche le peuple marocain, comme à l’occasion des élections 2007. Or, c’est précisément dans ce décalage qu’il y a l’une des clés.
Ce n’est pas facile mais lorsqu’une entreprise, en plus de très mal payer ses employés, met leurs sécurités parmi ses derniers soucis toute en les faisant travailler dans des conditions carcérales et moyenâgeuses, il est honteux de l’inscrire dans le registre du commerce alors qu’elle doit figurer dans la liste des implantations où l’on procède à de la traite humaine. Si en France on parle de certains patrons voyous, il ne serait pas exagéré ici de parler de patron criminel. L’entreprise est un métier qui a ses règles et ses exigences. Si on n’est pas capable de les respecter, il faut savoir faire autre chose. Et la responsabilité de l’administration est ici pleinement engagée.
Ce n’est pas facile mais quand un transporteur prend le risque de faire rouler des bus indignes des bêtes, avec pneus lisses, freins défaillants et amortisseurs cinquantenaires, il n’est pas le seul comptable de cette entreprise qui lâche des engins dingues dans les boulevards de nos villes. Cela interpelle surtout ceux qui lui délivrent cette délégation d’un service public et les sociétés d’assurance qui l’autorisent à rouler.
Ce n’est pas évident mais quand dans un pays de 30 millions d’habitants, on a autant de prisonniers que la France ou l’Italie qui en comptent le double, cela interroge l’état de nos prisons, le surencombrement carcéral et l’efficacité de l’administration pénitencerie. Mais aussi la question du rôle de la prison : lieu de la seule punition ou aussi celui la réinsertion ? De la place des peines alternatives surtout pour les délits mineurs qui ne menacent pas la vie d’autrui et autres chèques impayés…
Donc, pour réduire l’écart, il y a du boulot.

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