Label marocanité : Les équivoques collatérales d’Indigènes

Aussi talentueux et si pertinent soit le film Indigène, il y a lieu d’admettre que son message premier est en train d’être dévoyé par de petits calculs chauvins. Si l’objectif du film et son mérite étaient de réhabiliter une partie de la vérité historique et de sensibiliser les Français à une part d’ombre de leur passé colonial qu’ils couvrent d’une amnésie entretenue, force est de convenir que dans le sillage de sa promotion, ce film aura charrié plusieurs quiproquos.
Si on retiendra qu’il a aidé à accélérer la mise en œuvre d’une revendication ancienne des soldats des colonies, qui avaient vu leurs retraites et pensions d’invalidité gelées, par une loi dite de «cristallisation», à la valeur qu’elles avaient en 1959, seuls ceux qui ignorent l’histoire auront été dupes sur l’opportunisme politicien qui a précipité ce dossier. Mais aussi sur le montant de la réparation chiffrée à quelque 400 millions € alors que le gouvernement Jospin l’évaluait, cinq ans plutôt, à 2 milliards€. Là dessus, il faut saluer l’artiste Chirac aidé dans la manœuvre par Hamlaoui Mekachera. Le Front National qui a, plus ou moins, porté cette revendication, a, pour sa part, beau s’insurger en accusant, non pas la France, mais les Etats nouvellement indépendants d’avoir réclamé, à l’époque, la loi «cristallisation» sans quoi le revenu des anciens soldats de la colonie aurait été supérieur aux traitements des fonctionnaires des desdits Etats.
Autre polémique, c’est l’irritation des blacks français qui, au moment où ils revendiquent leur part de visibilité politique, considèrent que les Maghrébins ont trusté cette portion de l’histoire en occultant la présence des troupes d’Afrique noire et leur participation dans la libération de la France du joug nazi.
Enfin, il y a l’accablante péripétie du refus, par l’Algérie, du visa pour Jamel, acteur blockbuster et coproducteur du film sous prétexte qu’il affiche de manière ostentatoire sa marocanité.
Le dernier épisode du parcours somptueux de ce film, avec près de 3 millions d’entrées, risque de renforcer cette propension au malentendu. Il s’agit de la sélection du film pour l’Oscar du meilleur film étranger 2007 qui sera décerné le 25 février prochain à Hollywood. C’est un événement heureux qui risque d’être envenimé par le problème identitaire du film.
Considérée comme l’une des dix plus chères de l’année 2006 en France (14 millions €), cette œuvre a notamment été coproduite par trois chaînes de télévision, cinq régions, une société de production algérienne, une marocaine et deux belges. Le Maroc avait mis son armée et autres facilitations à la disposition du réalisateur. Bouchareb qui a la double nationalité, franco-algérienne, a « décidé » d’offrir à l’Algérie la possibilité d’être présente pour la quatrième fois de son histoire aux Oscars.
Si ce film réhabilite une partie du passé, il est fort à parier qu’il aura beaucoup de mal, surtout en cas de victoire, à gérer les problèmes d’avenir et de concorde entre la France et l’Algérie. Et encore moins entre cette dernière et le Maroc.

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