Label marocanité : Les leçons d’un scrutin

Qu’elle est merveilleuse cette victoire de la démocratie française. La semaine dernière, je ne pensais pas si bien dire lorsque, sur ces mêmes colonnes, j’écrivais que le vote du premier tour serait une séance d’exorcisme avec un important taux de participation, malgré les vacances scolaires. C’est peu dire que le peuple français a conjuré ce 22 avril ce qu’il avait commis un certain 21. Il a fortement corrigé le tir comme s’il devait se racheter d’une faute. Même les vacanciers qui sont allés à Marrakech ou à Hammamet n’ont pas omis de laisser massivement leurs procurations. Belle leçon de civisme.
Et puis ce formidable et sain recul des extrêmes comme si on les troquait contre un seul Sarkozy. La défaite du FN est lourde. Les longs couteaux ne tarderont pas à sortir des fourreaux comme les flingues de leurs étuis. Ces gens là, guerriers en puissance, vont, juste après les législatives, se trucider férocement entre eux. Cela risque d’être anthropophage. Les responsables de la stratégie gaucho-lepeniste, à commencer par Marine Le Pen, n’ont qu’à bien se tenir.
Enfin, il y a lieu de noter qu’exception faite de Voynet, les scores pitoyables (entre 0,3 et 2,9) sont légions dans le camp des nonistes. C’est-à-dire ceux qui se targuaient de la victoire du Non lors du Référendum. Les Français qui avaient rejeté à 54% la Constitution sont les mêmes qui, dimanche, ont placé les trois ouiouistes en tête avec 65% des suffrages. C’est Bruxelles qui doit se tirer les cheveux tant ce genre de slalom électoral est vertigineux.
J’en doutais et pour tout dire je l’espérais. Mais je me suis trompé. Force est d’admettre la victoire de la stratégie de Sarkozy. Depuis 2002, ce type n’a eu de cesse de déplacer les débats là où cela fait mal avec la détermination de décomplexer la droite. Il y est arrivé. En cas de victoire au second tour, il risque de promettre au FN le même sort qu’avait réservé Mitterrand au Parti communiste.  On n’y est pas encore et c’est loin d’être fait. Avant d’y accéder, Sarko est sommé de rassurer et de recentrer son discours avec la sonatine du rassemblement. Il l’a compris et a peur du rejet de son projet qu’il tente machiavéliquement de confondre avec une supposée phobie de sa personne incarnée par le TSS (Tout sauf Sarkozy).
Reste Ségolène. Son parcours n’était pas de tout repos. Il n’a cessé d’être semé d’embûches et de trompes d’éléphants. Elle vient d’enjamber l’avant dernière haie. Il lui reste la plus difficile à franchir. Son bloc avec les miettes de ses alliés naturels constitue 36%. Le bloc Sarkozy avec Le Pen et De Villiers fait 45%. Pour combler ce retard, Il faudra à Ségolène près d’un million de voix de chez Le Pen et près de quatre millions de chez Bayrou… Difficile. Pas impossible.
L’urgence, c’est qu’elle sorte de cette raideur qui inhibe ses potentialités. Il lui faut fendre l’armure. Qu’elle soit moins rigide, plus libérée qu’elle ne le laisse voir. Son discours, au soir du premier tour, manquait de spontanéité et de punch. Alors que celui de Sarkozy, bien que dangereux sur le fond, était talentueux sur la forme.

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