Label marocanité : Les maux de notre presse

Les questions de plus en plus itératives de la presse sont, au Maroc, révélatrices d’un profond malaise politique. Elles indiquent une forme de nervosité qui, pas-à-pas, franchit des paliers inquiétants en changeant de cran. Notre société a comme du mal à s’accommoder de la disparition du traditionnel clivage gauche-droite. Et la vacuité obscurcit les repères et favorise la surenchère de la transgression qui peut basculer dans l’outrage.
Plus indépendant que moi tu meurs! Voilà le nouveau mot d’ordre qui semble cliver, au Maroc, entre modernistes et ringards. Peu importe de savoir «indépendant» par rapport à qui et par rapport à quoi. L’essentiel, c’est qu’au bout de la plume, il y a le propos (la caricature) irrévérencieux. Les lignes de partage ne sont plus entre réformistes et conservateurs. Ils sont entre ceux qui adhèrent au nouveau projet de société et ceux qui ne cessent de le soupçonner de n’être  que le prolongement de l’ancien avec un lifting cosmétique. Les lignes rouges, pour les uns, doivent être sanctuarisées par des miradors implacables tandis qu’elles restent, pour les autres, des frontières infranchissables qu’il y a lieu d’accabler, voire de défaire.
La presse partisane continue à s’enfoncer dans l’aphonie et dans les marécages de l’invendu. Elle est dépeuplée, traduction du délaissement du peuple tant elle personnifie la vacuité mortifère des obédiences politiques qu’elle incarne. Elle ne nourrit plus, vu son grippage doctrinal, la bulle idéologique. La presse indépendante, du moins une partie d’entre elle, s’acharne dans le refus systématique quitte à ce que cela soit au prix de la mauvaise foi et de la cécité délibérée. Elle aime à brandir la polémique, en particulier, pour devenir elle-même au centre de la polémique. Une bonne controverse bien tournée vaut mieux et bien moins chère que la plus petite campagne publicitaire. C’est presque gratuit et…payant. Et la pétition parle mieux qu’un slogan publicitaire. Certains journalistes rêvent même de martyrs où ils y voient  un accès plus facile à la célébrité que par le talent.
Drôle donc de situation dans un pays qui a des défis énormes à surmonter. Ce «rapport de force» installe des ambiances poisseuses et délétères. Aux quelques écarts éthiques ripostent l’excès judiciaire, les mesures administratives, les amendes astronomiques, la suspension et la fermeture. C’est  la dynamique de notre pays vers un progrès plus grand qui est obérée par la chicane stérile.
Comme l’a plaidé mon ami Khalil Hachimi Idrissi, l’impérieuse  mise en place du nouveau Code de la presse et de son Conseil national sont d’une urgentissime nécessité. Il y  nécessite d’apaiser les relations entre l’Etat et sa presse en définissant un nouveau pacte. Notre pays et sa marche en ont besoin.

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