Label marocanité : L’heure est grave

Ce qui vient de se produire au Maroc, cette semaine, est grave. Très grave. Le coup de filet dans les milieux islamistes, au-delà du succès qu’il représente pour  les services de sécurité, porte en lui ; et de prime abord, quatre enseignements inquiétants
1. Il s’agit d’une part d’un groupe à dimension nationale. Aucune agglomération urbaine n’est épargnée. Les personnes interpellées sont originaires de Rabat, de Casablanca, de Fès, d’autres encore vivent et travaillent entre plusieurs villes du Royaume, Agadir, Tanger et Kenitra. Cela donne l’impression d’un maillage territorial qui jusque là travaillait dans la discrétion, voire dans l’étanchéité absolue.
2. La dimension nationale est en connexion avec la dimension internationale par le biais des Marocains résidant à l’étranger. Là, c’est la face damnée de l’émigration et le revers de la mobilité.  Si pour l’instant la Belgique est localisée comme l’épicentre du groupe en question et si les faits sont avérés, il n’est donc pas sûr que toutes les ramifications soient épuisées et il n’est pas dit que ces ramifications ne s’étendent à d’autres pays d’Europe. Sans compter la dimension forte inquiétante qui mêle gangstérisme et braquage au service du terrorisme. Les armes exposées dans les unes des journaux posent aussi question sur la circulation des armes et l’étanchéité de nos postes frontières, sur la part du blanchiment de l’argent dans les considérables flux financiers des RME, sur le recyclage des butins de la délinquance, braquage et autres prospères filières de la drogue…
3. Essentiellement masculine, la liste communiquée par les autorités frappe par l’éclectisme socioprofessionnel de ses membres. On y trouve aussi bien des ouvriers que des commerçants, des techniciens ou des gérants de sociétés. Il y a un pharmacien et deux professeurs de l’Ecole normale supérieure. La liste semble compter aussi un commissaire de police, un journaliste en l’occurrence le correspondant au Maroc de la chaîne Al Manar. Il y figure aussi l’un des administrateurs de Maroc Telecom et un informaticien. On est bien loin du stéréotype du pauvre jeune de Sidi Moumen dont on explique le nihilisme et les choix suicidaires et kamikazes par sa condition sociale et son environnement bidonvillesque et son ignorance idéologique.
4. Enfin, il y a la décision précipitée du Premier ministre marocain de décréter la dissolution d’un parti  jusque là légal. L’accusation est grave. Ce parti est soupçonné de ne constituer qu’un paravent et une vitrine légale ayant des liens avec le réseau démantelé. C’est d’autant plus grave que dans la mouvance islamiste, ces personnages sont des personnages publics et surtout porteurs d’une ligne modérée. Il leur arrive même de parler d’un Islam socialiste, de gauche ou moderne.
Si tout cela se vérifie par la justice et s’avère vrai. Non seulement à côté de la discrétion, il y a l’art de la dissimulation, mais il faudra aussi s’attendre à ce que le combat conte l’hydre terroriste soit long. Très long.

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