Label marocanité : L’honneur perdu d’un militaire

Créer un événement éditorial sur le Maroc ? Rien de plus facile. N’écrivez pas un livre destiné à éclairer le passé, à affronter le présent ou à tracer des perspectives d’avenir. Personne ne vous lira. Vous avez, en revanche, toutes les chances de sortir de l’ombre si vous commettez un brûlot plein d’anecdotes inédites, de coups tordus, de diatribes et un chouia de secrets d’alcôves. Cela reste insuffisant. Pour vraiment réussir le coup, il faut ou être un plumitif étranger qui se ressource dans des secondes mains fiables. Ou alors un homme du sérail qui s’affranchit de l’omerta. La dernière livraison épistolaire de ce genre est encore plus singulière. Elle fait parler un muet issu de la Grande Muette, l’armée. C’est le livre de l’aide de camp du Général Dlimi, de sinistre mémoire. Faire parler un muet, ce n’est pas seulement un joli coup médiatique, c’est une virtuosité qui exige le concours de Lourdes aidée par Lala Chafia. Fayard a réussi ce miracle.
Il faut dire que «faire parler» est une expression appropriée. Le livre, plusieurs signes l’indiquent, n’est pas de son auteur. On sent sous la phrase l’empreinte d’un «nègre». Si ce n’est de plusieurs. Et pas des bons. Ecrit à la hâte, le style est plutôt bougnoule. Sans compter les approximations. Il faut avoir une sacrée dose de mauvaise foi pour que l’actuel ministre de l’Intérieur soit rebaptisé «Chabib Benmousse» (p 280) et n’y voir qu’une malencontreuse erreur de frappe. Mais là n’est pas l’essentiel. Cet ouvrage pue. Il sent l’opération vengeresse entre anciens camarades de combat. L’auteur est à sa manière un «IER» à lui tout seul : Individu Ecorché et Revanch    ard. Mais là n’est pas l’essentiel. Passe encore que le livre confonde l’épistolaire avec un pistolet fou, chargé à bloc et qui tire à vue. Passe encore qu’un commandant, qui n’est plus aux premières loges depuis 23 ans, et qui se présente comme plein de confidences inédites. Passe encore que l’auteur se décrive sous un aspect avenant, digne et héroïque, plein d’honneur et de principes au milieu d’un panier de crabes abjects où ses anciens camarades sont traités de lâches et de corrompus. Passe encore que ses commentaires, sur le nouveau règne, soient pour l’essentiel un ramassis de ce qui s’écrit à longueur de journée dans une certaine presse marocaine. Là encore n’est pas l’essentiel.La thèse la plus grave, invraisemblable et insoutenable, c’est celle de la collusion de l’armée marocaine avec l’armée algérienne pour faire perdurer le conflit du Sahara que les deux armées ne veulent pas gagner parce qu’elles y ont plus à gagner autrement. Du sonnant et trébuchant. L’auteur n’hésite pas à aller «jusqu’à dire que le Polisario est une création marocaine forgée à l’aide de la sécurité algérienne. Sans le front Polisario, Dlimi n’aurait jamais pu manipuler et prendre le contrôle de l’armée». P 185. Il appelle cette opération «le troisième coup d’Etat». Si ce n’est pas Hollywood, c’est grave docteur!
Ce livre est une avanie. Le récit aigri d’une balance. On peut tout lui concéder sauf le courage et l’honneur.

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