Label marocanité : L’original et la copie

Dans la conférence de presse donnée par Sarkozy, mardi dernier, devant plus de 600 journalistes, il y avait, en plus du président, l’artiste politique. Ceux qui s’attendaient à ce que le règne de Sarko soit thatchérien en sont pour leurs frais. La politique chez cet homme est une boussole qui ne l’égare jamais du nord. Et il est obsédé par la gauche. 
Au-delà du talent oratoire, la jubilation procurée par l’exercice, un peu de morgue pour ses adversaires et un zeste de facétie cynique pour les journalistes, on peut résumer son intervention devant les médias comme l’expression d’une reprise en main avec le prolongement d’une méthode qui lui a, jusqu’à présent, réussi. Celle de la triangulation. Qu’est-ce que ce machin? C’est le fait de non seulement reprendre les propositions de ses adversaires politiques, en l’occurrence du PS, mais aussi de les reformuler de manière, se sachant royalement en position de le faire, pour les imposer à son propre camp, pourtant rétif.
Après l’ouverture à des personnalités mais aussi à une politique réputée de gauche sur plusieurs points (droits de l’Homme, diversité, banlieue..) voilà qu’il place son camp face à nouveau concept : La politique de civilisation.
De la même manière que Chirac avait emprunté la société duale à Henri Guiano, l’actuel sherpa de Sarko et la fracture sociale à Emmanuel Todd, formule qui avait fait sa fortune électorale en 1995, Sarkozy a récolté son nouvel aphorisme chez Edgar Morin, éminence grise dont la proximité avec la gauche est indéniable.
La nécessité d’une politique de la civilisation part du constat que la civilisation européenne occidentale a eu des effets bénéfiques dans moult domaines : démocratie, droits de l’Homme, individualisme, progrès scientifique et technique. Cela n’empêche pas des effets négatifs de plus en plus prégnants. L’individualisme, mélange de liberté et de responsabilités, a fini par accoucher, par exemple, d’un essoufflement des solidarités. Avant- hier un SDF est mort de froid dans le bois de Boulogne dans une indifférence décomplexée parce que les gens pensent que cela ne les regarde pas et qu’il y a pour cela les travailleurs sociaux, les flics ou le Samu pour s’en occuper. Il en découle une détérioration de la responsabilité y compris morale. La gestion de la solidarité par l’Etat et le développement de la spécialisation finissent par affaiblir la responsabilité globale. L’accroissement du bien-être matériel a du mal à éviter un mal-être psychologique et moral. Le développement technoscientifique se fait au prix de dégradations écologiques. D’où le plaidoyer de Morin pour une civilisation qualitative en lieu et place d’une civilisation quantitative.
Sarkozy s’en inspire. Il veut donc «remettre l’homme au cœur de la politique» Partout. Dans les entreprises, la ville, l’accès aux savoirs et à la formation, l’université. En faisant, il rejoint la candidate défaite quand elle invoquait l’exigence d’une valeur humaine qui doit l’emporter sur les valeurs financières. Et dire que Le Pen a toujours prétendu que les Français préfèrent l’original à la copie.

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