Label marocanité : Ménard et le Maroc

Le Maroc est un pays clément et magnanime. Il a reçu, la semaine dernière, le secouriste international de la liberté de la presse et de la conscience universel qu’est le père Ménard.
Saint- Ménard s’amusait à le qualifier, avec raison, un de ses confrères! St- Ménard protecteur des journalistes comme il y a des saint-Bernard ou des saints protecteurs des bourricots ou de l’orthographe. Ménard, lui, est un saint qui serait prêt à monter sur toutes les croix et se faire crucifier pour sauver un ou une journaliste. Se faire crucifier est une façon de parler. Il est certes prêt à se faire supplicier, l’animal, à la condition, néanmoins, que le décor soit en carton-pâte et que le martyre soit une mise en scène à la Mel Gibson. Donc, St-Ménard a accepté non seulement de venir au Maroc dans lequel il prétend passer régulièrement ses vacances mais aussi de rencontrer les officiels pour rompre «le dialogue de sourds». Il ira jusqu’à s’épancher, dans une conférence de presse, sur les évolutions que le Maroc connaît, en particulier en matière de liberté de la presse. Terminée donc la croisade anti-Maroc annoncée devant un parterre de journalistes marocains béats et la gueule ouverte comme tant de bougnoules. Fini la guerre apocalyptique que RSF voulait, en 2003, mener contre le tourisme marocain. Dorénavant, tous les chemins mènent à Marrakech.
Pourquoi alors une telle évolution heureuse? Pour lui surtout. Car seuls les sots ne changent pas d’avis. Le secrétaire général de RSF commence-t-il à savoir raison gardée ? A-t-il suffisamment dégusté les différentes traditions maghrébines pour donner à la tradition marocaine sa juste mesure? On le savait prudent comme un chat avec l’Algérie qu’il semble redouter. En Tunisie, il n’y a pas si longtemps, il a vécu un vrai traumatisme : alors qu’il devait participer au Sommet mondial sur la société de l’information, il s’était vu refouler, sans le moindre égard, par les autorités tunisiennes à l’aéroport. Les autorités tunisiennes avaient poussé le vice jusqu’à le laisser, afin de mieux l’humilier, arriver et puis l’empêcher de descendre de l’avion avec haut-parleur à l’appui. Elles ont ensuite dépêché «des civils tunisiens» à bord de l’appareil pour lui signifier de ne pas le quitter car il n’était «pas accrédité». En langage arabe, cela voulait dire qu’il n’était pas le bienvenu sur le sol tunisien et qu’il devait dégager illico presto. Ménard est connu pour être un homme d’accommodements. Il sait négocier les virages. Et il en a négocié beaucoup depuis la fondation de RSF où il fonctionne, de notoriété publique, manière despotique. Cependant, quelque chose s’est produite depuis la prise de Florence Aubenas comme otage. RSF fut très active dans la mobilisation autour de la journaliste. RSF a eu, avec son président et à cette occasion, une forme de consécration populaire. Depuis, serein, Ménard n’a plus besoin de crier avec les loups. Il est devenu, comme avec le Maroc, plus raisonnable. Et comme le Maroc, disait feu Hassan II, est «Rafour’n Harim»… rien ne pouvait plus empêcher l’idylle.

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