Label marocanité : Momo, voix ou voie?

Je reste fier d’avoir soutenu, en tant que responsable d’une institution culturelle à Strasbourg, un groupe de jeunes qui, fin des années 80, s’adonnait au rap. A leur tête, il y avait un jeune brillant et charismatique. Il s’appelait Régis. Il avait comme nom de scène Abdel Malik. Il est actuellement l’une star du rap puisqu’il s’agit de Malik qu’on qualifie, en France aujourd’hui, de «Jacques Brel du rap». Les Marocains le connaissent aussi. Malik, bien que français d’origine togolaise, à deux histoires d’amour avec le Maroc. Sa femme et la mère de ses enfants n’est autre que l’artiste Welen qui porte, en réalité, le prénom de Naoual, fille d’immigrés originaires d’Oujda. Son second amour, c’est la Tarika Boutchichiya et sa passion pour Cheikh Hamza qu’il fréquente assidûment.
Je n’écoute pas particulièrement le rap marocain. Mais le mouvement présente un intérêt tout particulier dans une société comme la nôtre menacée qu’elle est par le conservatisme éculé. On le compare, à tort, avec la renaissance musicale provoquée par le mouvement ghiwani des années soixante-dix. S’ils partagent la caractéristique d’être issus de la jeunesse, de démarrer à la marge avant de conquérir la centralité, de provoquer une rupture avant de s’institutionnaliser, il reste qu’ils diffèrent dans leurs ADN. Les ghiwanis sont issus d’une matrice exclusivement marocaine. Ils ont puisé leur répertoire dans le vieux patrimoine marocain avant de lui prodiguer un aspect juvénile et moderne. Les rappeurs marocains s’approprient, eux, un environnement musical venu d’ailleurs et le «marocanisent» en y injectant des notes locales et du verbe du terroir. Autre différence. Les ghiwanis incarnaient globalement une révolte contre le système dans un environnement politique dur puisqu’ils sont nés au cœur même des années de plomb. Je remarque, qu’en ces temps de transition démocratique, que les rappeurs marocains ont globalement une forte revendication identitaire et nationale. Cela frise parfois le nationalisme, voire le chauvinisme: «Marocains jusqu’à la mort» ou «Ne touche pas à mon pays» ne sont-elles pas de fortes phrases nées dans le sillage de cette mouvance ?
Il m’arrive dans la voiture, surtout le soir, de mettre la station Hit-Radio. Je suis à chaque fois attiré par l’immense agora qu’anime Momo. Sur un fond de rap, cet animateur est captivant par sa faconde verbale, son tutoiement du calembour et surtout  par cette aptitude à faire parler les autres jeunes. Pour l’avoir rencontré, l’une ou l’autre fois, ce jeune est un cas. D’une discrétion et une politesse qui effleurent la timidité, il impressionne par sa monstrueuse transformation, une fois derrière son micro. Il se transcende et se transfigure pour devenir le chef d’orchestre de la parole libérée. Dans un mélange de darija et d’un français de bonne tenue,  son émission devient un vaste forum de tchatche et de bon mot.
Son émission donne une idée sur une partie de la jeunesse marocaine, il faut l’écouter. Je suis sûr que bien de parents comprendront mieux leurs propres enfants.

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