Label marocanité : Nid de serpents

Dur, dur d’être une femme. Au mois de décembre 2005, j’ai délibérément tenté de ne pas me soumettre au rite du marronnier journalistique qui commande qu’on désigne les femmes et les hommes qui ont marqué l’année écoulée. J’avais fait donc le choix de parler, dans ces colonnes, d’une femme d’avenir. Pour beaucoup, c’était un pari risqué de considérer que 2006 pourrait, en France, être l’année Ségo. En témoignent les nombreuses réactions que cette conviction avait suscitées chez mes amis français. Quand ce n’étaient pas des taquineries débordantes de commisération, j’avais droit à des rictus moqueurs et railleurs.
Non seulement le royal phénomène ségolènien a dépassé toutes les prévisions, mais ils sont nombreux ceux qui pensent qu’elle sera la future candidate du Parti socialiste français pour le prochain scrutin présidentiel. Et peut-être la future présidente de la République.
S’il faut saluer l’organisation, par le Parti socialiste, de primaires pour la désignation de son candidat, rien n’empêche de penser que cette opération fut imposée par les éléphants avec une arrière-pensée évidente : abîmer Ségolène. Et il est vraiment temps que finisse ce chemin de croix. Quel calvaire ! Avec des camarades comme ceux-là, il n’est nul besoin d’avoir des ennemis.
Rien n’aura été épargné à cette détrousseuse du projet socialiste, cette croqueuse d’intention de votes. Cette femme qui a l’outrecuidance de vouloir porter un costume d’homme. Trop grand pour elle, par ailleurs. Cette illégitime. Cette nunuche de la politique. Cette novice à l’incompétence profonde. Et ce n’est pas l’envie qui leur manquait de lui dire « Ségo ! Sois belle et tais-toi.» Ta popularité ? Une bulle de savon qui s’éclaterait avant d’atteindre le plus petit des cimes. Ton succès auprès des Français ? Un phénomène médiatique et sondagier. L’accueil chaleureux partout ? Un épiphénomène produit grâce à des supporters et non pas à des militants. Jamais un socialiste n’a eu droit à autant de dédain, de mépris et de brutalité. Ce n’est plus un parti. C’est un nid de serpents.
Le plus cruel, ce sont les procès en droitisation qui lui sont faits à l’orée de chacune de ses propositions. Et le plus cocasse, ce sont les lieutenants de Fabius et de Strauss-Kahn qui sont les plus féroces. Pour peu, ils nous feraient oublier que ces deux-là ont toujours incarné la droite du parti. N’en déplaise à la tardive conversion gauchisante de Fabius. Le poète (Aragon) nous enseignait que la femme serait l’avenir de l’homme. Ségo est plutôt du genre à être accusée d’empêcher certains hommes d’avoir un avenir. Avec son air de ne pas y toucher, elle s’est révélée comme une puissante empêcheuse de tourner en rond de la chorégraphie éléphantesque. Sa sveltesse, à l’élégance soignée, a abusé pas mal de monde. Considérée à tort comme frêle, dans la forme comme dans le fond, elle a surpris, tant elle a fait montre d’une résistance infinie. Si elle gagne, après ces épreuves, elle sera tellement blindée que personne ne pourra la battre.

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