Label marocanité : Posture et imposture

Label marocanité : Posture et imposture

On prétend que le journalisme anglo-saxon est adepte de l’énonciation tandis que le journalisme latin péche par une propension voire un excès de dissertation. Qu’en est-il du paysage journalistique marocain ? C’est difficilement classable, il faut l’avouer, surtout pour quelqu’un (Oh hérésie !) qui n’est pas, à proprement parler, du métier. On peut cependant distinguer globalement deux blocs bien distincts. Bien entendu, je ne vais pas verser dans le prêt-à-penser qui accrédite le distinguo, somme tout artificiel, entre la presse indépendante et la presse partisane. Ceci est un raccourci facile qui, loin d’exposer ou de juxtaposer, oppose d’abord. Il laisse entendre qu’il y a une presse libre face à une presse soumise. Une presse privée qui assure face une presse publique qui rassure. Une presse affranchie de toute tutelle idéologique (sic) face à une presse engoncée dans le trop plein de ses accommodements. Une presse adepte des génuflexions face à une presse à l’échine raide, non pliable et rétive à toute prosternation. Cette segmentation à été initiée, décrétée et proclamée par l’une des parties pour ne pas être trop suspecte. C’est même une posture, nécessairement partisane. Et donc inopérante.
En vérité et à quelques exceptions près, on peut identifier deux grandes confréries journalistiques: L’une plus ancienne et traditionnelle. L’autre plus récente, encore juvénile et même pleine d’acné. La première a le réflexe de l’emballage. La seconde s’est fait, pour en être férue, une spécialité du déballage. Ces deux confréries constituent un paysage. Elles ne sont pour autant un quitus de pluralisme. Au contraire, elles appauvrissent la diversité apparente. Ce sont deux blocs monolithiques qui loin de dialoguer, se vilipendent quand ils ne s’ignorent pas. Il y a parfois des passerelles, à travers la transhumance ( qui n’est pas propre aux députés) de l’un ou l’autre journaliste qui change de bloc. Mais cela ne change rien à la nature du monolithe.
De façon pratique, là où l’emballage se contente d’exposer, le déballage entend tout exploser. Quand l’emballage tente de décrire un fait, le déballage use de ce dernier pour démolir. Là où l’emballage fait de l’exposition, le déballage cultive l’obstruction. Quand l’emballage fait du cosmétique, le déballage n’a d’autre raison d’être que de distiller du caustique. La querelle entre ces deux démarches ne semble pas puiser son origine dans la différence des projets de société, modernes ou traditionnels, réformistes ou conservateurs. Pas plus qu’elle ne tient dans les choix économiques avec des libéraux qui s’opposeraient à des étatistes. Elle n’est même pas politique s’appuyant sur des clivages traditionnels, gauche droite, clivages qui ont littéralement explosé au Maroc comme ailleurs. Le désaccord porte sur les institutions elles-mêmes. Il est de nature constitutionnelle. Un des deux blocs ne veut ni débattre ni discuter. Avec personne d’ailleurs. Ce qu’il veut, c’est tout bonnement un autre cadre de discussion. Que celui qui veut discuter avec un peloton d’exécution lève le doigt !
Comprendre donc les déballeurs nécessite l’intégration de cette donnée essentielle. Le systématisme, l’occurrence, voire l’acharnement avec lesquelles certains titres conçoivent leurs UNE ne sont pas simplement une preuve. Ils sont les signes d’une obsession pathologique et d’un autisme à toute épreuve. Elles sont presque exclusivement consacrées au Souverain, au Palais, à son entourage et à ses collaborateurs. Sans compter que les titres sont des plus racoleurs, les libellés des plus irrévérencieux et le recours systématique aux phrases recruteuses. Ces méthodes sont bien plus marchandes qu’intellectuelles. Elles invitent moins à sommer qu’à consommer. Leur produit d’appel, c’est la monarchie. Ce n’est plus de la politique, c’est de la mercatique.

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