Label marocanité : Pratiques déplaisantes d’une élection

Passées les élections, je voudrais y revenir non pas pour commenter le relatif faible taux de participation, l’effondrement de l’USFP ou le raz-de-marée des islamistes qui, bien que attendus par les amateurs de films d’action et espérés par les collectionneurs des films d’horreur n’a pas eu lieu. La vague fut endiguée par les urnes et par un mode de scrutin propice aux coalitions qui interdit de fait, le dégagement d’une majorité qui succomberait dans un fascisme doucereux.
Ayant vécu, pour la première fois depuis trente ans, l’ambiance électorale marocaine, je voudrais livrer ici des impressions et des constats glanés au fil du déroulement de la campagne.
D’abord, il y a lieu de souligner l’insipidité de la campagne télévisuelle. Si la politique au Maroc est peu captivante, les interventions télévisées des partis politiques l’ont rendue carrément moche. Il faut y aller et avoir du souffle pour faire avaler un semblant de crédibilité à tous ces discours récités sur ton itératif, sans conviction ni passion. La juxtaposition des postures sans confrontations est la négation même du débat. C’est l’antithèse de la communication politique. La confrontation des idées est l’essence même de l’échange démocratique qui n’est in fine que l’expression d’un affrontement civilisé. La politique, ce n’est pas le récit. C’est du propos qui transcende. Des mots qui enflamment. De la conviction qui se transmet. De la passion qui contamine. Si les prétendants ne sont pas capables de le faire, il faut alors qu’ils changent de métier. D’autant que la télé est l’outil idéal et le cadre magique pour cela. Elle demande en revanche qu’on sache s’en servir, sans quoi elle endommage et le message et son transmetteur. L’absence de confrontation est donc une erreur.
L’usage des enfants dans la campagne électorale est non seulement scandaleux mais il apparaît, en plus d’être la véritable preuve que les partis n’ont pas de militants, comme un quitus du sous-développement. Pire, on raconte que certains candidats n’ont pas hésité à payer quelques dirhams pour que des enfants caillassent leurs adversaires. Si on cautionne de telles pratiques, en aspirant rejoindre la représentation nationale, je ne vois pas pourquoi on interdirait l’Assemblée à des mafieux ou à des vendeurs de came.
Le soir venu, la ville, jonchée de tracts, offrait un spectacle de malpropreté indigne. Si la période électorale se doit d’être un moment de production de sens et de pédagogie sur la citoyenneté et sur la civilité, alors la question du respect de l’espace public a été mal desservie par ce type de comportement.
Enfin, c’est quoi cette manière de laisser certains organes de presse s’exprimer, dans des lignes éditoriales enflammées, distillant désespérance et défiance, le jour même du vote. Dans les plus grandes démocraties, la campagne électorale s’achève 36 h avant l’ouverture du scrutin. Il devient alors interdit pour les candidats de diffuser des tracts et encore plus à des journaux d’aborder des questions politiques. Si par décence, les journaux n’arrivent à le faire d’eux-mêmes, alors la loi doit sévir.

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