Label marocanité : Question identitaire

Un député épinglé pour avoir sollicité une chancellerie étrangère ne trouve rien de mieux, pour se défendre de sa maladresse, que de dénoncer ceux, c’est-à-dire Etat et collectivités, qui contractualisent pour des millions de dirhams avec des sociétés étrangères pour la gestion déléguée des services publics, la construction du tram de Rabat ou la réalisation des autoroutes et TGV. Cette ligne de défense participe de la démagogie la plus éculée portée par une vision étroite de la politique et une approche nationaliste de mauvais aloi.
Une institution marocaine commande, chose inédite, un sondage sur la communauté marocaine de l’extérieur. On ne trouve rien de mieux, chez certains militants de la dernière heure, que de lui reprocher, patriotisme de petite facture oblige, de ne pas avoir eu recours à un sondeur marocain comme si notre pays pouvait se targuer d’en avoir des instituts de sondage. C’est de la mauvaise foi.
 Ces deux exemples sont le type même de faux problèmes qui égarent dans de fausses polémiques. Nous avons décidément la langue plus solide que les bras et nous passons notre temps à péter plus haut que notre QI.
Autre cas de figure. Nous avons une partie, et je dis bien une partie, de la presse privée qui s’autoproclame indépendante et qui, dans la réalité, fait office de porte-voix, valise et flingue de la partie la plus conservatrice du spectre politique marocain. Elle sert même la soupe à un parti politique sans y être affiliée, partant du principe que les adversaires de mes adversaires sont mes amis. C’est son droit le plus strict. Mais pourquoi avancer masqué ? Pourquoi mettre son drapeau vert dans sa poche? Et pourquoi ne serait-elle pas, elle aussi accusée, d’être le parti de l’étranger «arbaoui» par opposition à «françaoui».
Entre ces trois exemples, bien qu’éloignés les uns des autres, il y a comme un lien tacite mais solide. Plus qu’ils ne posent des questions politiques, ils évoquent les termes de nos relations à nous-mêmes et aux autres. Ils définissent les contours de notre névrose dans notre relation au monde. D’aucuns considèrent que notre identité a des ennemis en Occident et des amis en Orient. L’inverse est tout aussi vrai pour d’autres. Les thuriféraires des uns sont souvent tout aussi excessifs que les contempteurs des autres. C’est dire notre question identitaire.
Pour un pays aussi bariolé que le nôtre et qui a un gros morceau de son peuple vivant à travers le monde, la marocanité, c’est ma conviction, reste à définir et à explorer. Elle se doit d’être solide non pas par son repli mais par son ouverture dans un univers mondialisé et béant. La diversité est notre chance. L’uniformité, voilà l’ennemi.

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