Label marocanité : Sacré Sarko

Mieux vaut tard que jamais ou plutôt et mal. Le Maroc a bien fait de différer la visite de Sarkozy. Au lieu d’être une station anodine sur un parcours maghrébin, la visite du président français a duré trois jours. Juste ce qu’il faut pour correspondre aux traditions d’hospitalité marocaine. Et si le ciel français s’assombrit pour Sarkozy à coups d’ADN, d’échec rugbystique et de problèmes domestiques, il y a tout lieu de penser que le ciel bleu du Maroc lui a été, avec cette escapade, plus tonifiant.
Je n’ai personnellement jamais été, dans ces colonnes, tendre avec Sarkozy. Je persiste à penser que sa puissance de communication pallie le plus souvent le creux de l’action. Mais là, avec ces deux discours, celui de Tanger et celui devant le Parlement marocain, force est de reconnaître la vigueur du charme sarkozyste.
Sarko, on le connaît bien tellement cet homme est présent dans notre imaginaire quotidien. Sa puissance et sa voracité de bête politique en font un Attila qui brûle tout sur son passage. Et la gauche française en sait quelque chose. Sa capacité oratrice  en fait un champion hors catégorie au point de littéralement bouffer, dans un même débat mémorable, Le Pen et Tariq Ramadan, ces deux grandes gueules devant l’Eternel. Il y a chez cet avocat un peu de Mitterrand, autre avocat. Ils ont en commun ce plaisir à déclamer des plaidoyers qu’ils savent, au détour d’une virgule, irradier par des envolées lyriques. Chirac, à côté, est un somnifère et Jospin, un supplice. Il y a enfin cette méthode qui consiste à faire du charme et de la séduction des armes terriblement efficace.
Devant le Parlement marocain, Sarkozy a rendu un flamboyant hommage à ce «Maroc démocratique réconcilié avec son passé». Je ne sais pas pour les députés, mais moi, à ce moment précis du discours, j’ai vu un ange passer au-dessus de la coupole. J’ai cru même entrevoir le sourire énigmatique de Driss Benzeki. Pour l’avoir vécu et vérifié de très près, l’expérience marocaine de gestion du passé et de la mémoire est plébiscitée dans le monde entier. C’est paradoxalement au Maroc qu’elle est, hormis le palais et la société civile, très peu revendiquée par la classe politique. Le débat électoral que nous venons de vivre lui a fait très peu de place.
A Tanger, c’est l’idée d’une Union entre les dix pays du pourtour méditerranéen qui inscrira la parole présidentielle dans les annales des discours qui accolent leurs noms à une ville. L’idée n’est pas nouvelle. François Mitterrand avait caressé, avec Lang et Berque, le projet de création d’une fédération des riverains de la Méditerranée. Le projet de Barcelone, aujourd’hui végétatif au grand dam de Jacques Delors, a buté sur l’impossibilité, pour les pays du Maghreb, de dépasser leurs contentieux.
Avec Sarko, le côté volontarisme pragmatique peut payer: démarrons par ce qui unit avant de régler ce qui désunit. Le développement économique est une forte aspiration des peuples du Sud. Il correspond aussi aux intérêts stratégiques du Nord. Nous n’avons pas l’acier. Il nous faut alors une détermination de fer.

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