Label marocanité : Sarko et le off

Que ce soit en prenant un bain de foule dans une manifestation aussi énorme que le Salon de l’agriculture ou en présence d’une manifestation avec les pêcheurs en colère, un homme comme Sarkozy ne peut ne pas ignorer qu’il est en permanence shooté, filmé et scruté par de multiples objectifs, caméscopes d’anonymes et autres téléphones. Il sait parfaitement que Big Brother, DailyMotion et son cousin YouTube, est aux aguets, avide de dévorer de tout ce que évacue la caméra officiel. Qu’il ne sache pas que, dans les minutes qui suivent tout incident, des images peuvent faire le tour d’Internet et donc de la planète, serait étonnant. «Descends un peu l’dire  pour le pêcheur de Guilvinec ou «Casse-toi! Pauvre con» pour le visiteur du Salon sont–ils des «pétage de plombs» spontanés ou des gestes politiques, très natures, qui suggèrent la proximité d’un président qui entend continuer à parler comme tout le monde ?
Le dernier off qui fait fureur en France, s’est déroulé dans le saint des saints de la communication, c’est-à-dire un studio de télévision. Invité sur le plateau du journal de France 3, Il n’a pas suffi au Président d’être accueilli par une manifestation devant le siége de la Chaîne, ce qui a dû l’exaspérer, il a fallu qu’un technicien, qui lui accrochait le micro à la cravate, lui fasse l’impolitesse de ne pas le saluer. Sur un ton amusé et cynique, le président se fend d’une froide leçon de savoir-vivre : «C’est une question d’éducation. Enfin, quand on est invité, on a le droit que les gens vous disent bonjour quand même… Ou alors on n’est pas dans le service public, on est chez les manifestants… Incroyable… Et grave!». Et d’ajouter en réponse à une journaliste qui minimise en prétendant «qu’elle est ainsi la France avec ses manifs»: «Non, c’est l’ancienne» sous entendu France. Il laisse enfin tomber, comme une sentence, «Ça va changer».
C’est ce «Ça va changer» qui va mettre le feu aux poudres et permettre à cette vidéo de devenir un objet de curiosité (1 million et demi de visiteurs). En background, il y a le projet de reforme de Sarkozy pour le groupe audiovisuel public. Le Président veut priver France Télévision de recettes publicitaires et projette que son président, soit nommé, non plus par le CSA comme c’est le cas aujourd’hui, mais par le gouvernement. Certains n’hésitent pas à voir dans ce projet, une reprise en main, un début de démantèlement et surtout une manière de rendre un service à TF1, actuellement en difficulté. L’amitié de Martin Bouygues et du Président est notoire. Il le qualifie même de frère. «Ça va changer» égal «vous allez voir ce que vous allez voir».
Patrick de Carolis, président du groupe ne s’y est pas trompé. Gendre idéal, d’habitude flegmatique, il n’a pas hésité, en commentant le jugement du Président sur le manque de singularité de France télévision, de le qualifier «de faux, de stupide et d’injuste». C’est vous dire le degré de tension.

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