Label marocanité : Ségolène l’indomptable

Il est certain que Ségolène Royal n’est meilleure que lorsqu’elle secoue son propre camp tout en troublant celui de ses adversaires en foulant, des bouts des pieds, leurs territoires. Telle une mangeuse d’artichaut, elle effeuille les thématiques de la campagne, l’un après l’autre, déterminée qu’elle est à aller au cœur. Rien ne semble lui donner la pétoche : la sécurité, l’immigration, la Nation, l’identité, la cocarde, le drapeau et la Marseillaise. Elle ne s’interdit rien. Et elle a raison.
Pour insolite qu’elle apparaisse, sa démarche s’inscrit dans une forme de cohérence. Il suffit de prendre en compte son parcours personnel ainsi que ses origines sociales avec père militaire et famille catholique pour déceler la cohésion de cette socialiste qui ambitionne de faire évoluer et moderniser la gauche en la sortant des ornières de son archaïsme. En sortant des sentiers battus, Ségolène ne fait pas des choix d’opportunité. Elle apparaît comme en cohérence avec la défense de certaines valeurs qui font synthèse et alliage d’un Chevènement et d’un Montebourg. Il y a lieu d’y lire la fusion détonante entre le désir d’une sixième République et la protection des emblèmes traditionnels dont la Marseillaise et le drapeau tricolore restent les plus expressifs.
Romain Gary, français d’origine russe, écrivait que «le patriotisme, c’est l’amour des siens, le nationalisme c’est la haine des autres» Charles de Gaulle, français de souche, n’en formulait pas moins la même chose en énonçant que «le patriotisme, c’est aimer son pays et que le nationalisme, c’est détester celui des autres». Ah ! mais ils sont tous les deux de droite. La belle affaire!
Si les propos de Ségolène Royal sont durs à avaler au sein de la gauche. S’ils font flipper un Olivier Besanceont ou certains responsables socialistes, c’est parce que ceux-ci considèrent qu’elle s’aventure périlleusement sur le terrain de ses adversaires. Ils sont comme aveuglés par un internationalisme qui se veut éternellement incompatible avec les valeurs de la gauche. En réalité, ils abandonnent piteusement ces thématiques comme une chasse gardée des conservateurs. Ségolène a raison de renvoyer cette extrême gauche qui louche sur les concepts. Elle n’a pas tort d’affirmer qu’on «peut être attaché à son pays, être fier de sa nation, et en même temps être internationaliste quand on est à gauche. On peut aimer sa patrie…mais il ne faut pas confondre la Nation avec le nationalisme».  Elle aurait pu, dans la foulée, invoquer Jean Jaurès qui clamait «qu’à celui qui n’a rien, la patrie est sont bien» ou l’antidreyfusard, Charles Péguy qui lui, plus catégorique, prévenait que «le pauvre défend sa patrie et le riche la vend». Ces deux là sont bien socialistes, n’est-ce pas ?
Dans un univers mondialisé, traversé par la mobilité et les transantionalités, les questions posées par le patriotisme et la nation sont des sujets brûlants. Il serait pour le moins cocasse d’interdire à une candidate à la Présidence de la République d’aborder ces thématiques au moment même où elle aspire à incarner hymne et drapeau.

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