Label marocanité : Ségolène Royal : la rupture tranquille

La rupture, chère à Sarkozy, a du plomb dans l’aile. L’épisode du CPE, l’arrogance du pouvoir et l’autoritarisme dans la prise de décision ont été funestes pour un Villepin dont l’orgueil n’est pas le moindre des défauts et dont la volonté de marquer son ministre de l’Intérieur à la culotte aura été la fatale obsession. Et si rupture et réformes à la hussarde n’ont pas fait la fortune du Premier ministre, comment peuvent-elles, demain, faire la gloire d’un candidat à la présidentielle. Évitons de parler de Chirac. Il faut espérer que cela n’a rien à voir avec son accident vasculaire. Mais force est d’admettre qu’il semble souffrir d’une myopie profonde, d’une surdité balaise et d’un décalage atrophiant, notre président. Dans sa gestion de l’affaire CPE-Villepin, il n’aura pas seulement renforcé le délabrement de son bilan, mais, lui le gaulliste, aura profondément lacéré les institutions de la Vème République. Celles-ci font du président la clé de voûte du système. Par l’ascendant que Villepin semble avoir sur lui, ce sont le Premier ministre et son arrogance napoléonienne qui apparaissent avoir la prééminence et être le cœur nucléaire constitutionnel… Songez à ce que penserait De Gaulle !
Ces désordres politiques et dérives institutionnelles sont le produit d’une droite égotiste. Parce que justement trop hégémonique. Le chambardement que vit la France depuis 2 mois est né du sentiment de puissance de la majorité et du déséquilibre démocratique que vit la France depuis 5 ans. La droite y détient tous les instruments de la nation. Quasiment tout : Elysée, Matignon, Assemblée, Sénat, Conseil constitutionnel, CSA… Elle a toutes les légitimités institutionnelles. Elle apparaît, toutefois et depuis 2 ans, comme sans assise populaire. La légitimité représentative de l’UMP se trouve comme érodée par la légitimité revendicative et contestatrice. Puissante et itérative.
La gauche n’en est pas encore à tirer tous les fruits politiques de la crise sociale actuelle. Cependant, une figure ne cesse de décoller pour s’inscrire dans un angle singulier : C’est Ségolène Royal. J’avais consacré, l’année dernière, une chronique à cette femme d’avenir, ce qui m’avait valu quelques sarcasmes. L’hypothèse Ségolène était, pour certains, risible. Aujourd’hui, cette éventualité ne fait plus rire. Elle fait plutôt peur aussi bien à ses rivaux de gauche que ceux de droite.
Cette semaine, il y a quatre hebdomadaires français qui consacrent leurs Une à la présidente de la région Poitou Charente. Alain Duhamel, oracle politique s’il en est, avait consacré, il y a deux mois, un livre à quinze prétendants à l’Elysée. Il n’avait même pas envisagé la possibilité Ségolène. Depuis, il s’est rattrapé en se justifiant partout, y compris dans ses chroniques matinales…
Si la droite aura certainement du mal, en 2007, à faire un usage débridé de la notion de rupture, Ségolène est en capacité, elle, de symboliser plusieurs ruptures.  A commencer par celle d’être la première femme à accéder à la magistrature suprême.

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