Label marocanité : Studio deuxième… Génération

Label marocanité : Studio deuxième… Génération

L’été marocain est devenu réservé à la logorrhée sur le retour des MRE et à la déferlante Studio 2M. Ces deux évènements, en apparence, aux antipodes ont, mine de rien, des ressorts communs.
L’immigration fait plus que jamais rêver. Les frontières ont beau être imperméables. Les miradors peuvent s’élever et se hisser. Les histoires des immigrés peuvent foisonner de pénitence, d’éloignement et de déchirure. Émigrer reste l’horizon indépassable pour une bonne partie de la jeunesse marocaine. L’envie de partir est la chose la mieux partagée au pays. Seuls diffèrent les moyens, entre couches sociales distinctes, pour réaliser ce désir : c’est-à-dire entre l’avion pour les uns et la pateras pour les autres. Avant ne partaient que les pouilleux et les miséreux, aujourd’hui toutes les strates de la société nourrissent, chacune à sa manière, cette envie de partir qui devient en soi un exploit, voire une victoire. Studio 2M repose aussi sur une solide dynamique de mobilité et de rêve, pour ne pas dire de fantasme. La mobilité spatiale de l’immigration est compensée ici par le désir de mobilité imaginaire incarné dans une starification momentanée, furtive et qui n’est pas sans rappeler le fameux mot d’Andy Wahrol «à l’avenir, chacun aura son quart d’heure de célébrité».
Feignant d’être accessible à tout le monde, du moment qu’on possède les clés pour pousser la chansonnette, l’émission Studio 2M charrie le mythe de l’égalité des chances. Faussement. Elle démocratise le narcissisme en permettant à monsieur tout le monde d’avoir son heure de gloire, sans lendemain. Elle permet une ascension rapide et presque injuste. Le gros plan permettra à de parfaits inconnus de devenir furtivement des êtres exceptionnels entre deux spots de pub. Les candidats parés d’une popularité fictive, artificielle et organisée vont disparaître aussi vite que leur apparition. On peut affirmer, sans risque de se tromper, que cette émission a un côté «Nescafé» tellement elle est instantanée et soluble. La compétition, comme dans une pateras, y est rude. Les règles du chacun pour soi y sont implacables. La caméra manque, d’ailleurs, rarement l’occasion de s’appesantir sur la férocité du combat où on ne gagne pas parce qu’on est bon mais parce qu’on a éliminé l’autre. On y respire presque un parfum de libéralisme débridé. Mais Studio 2M et l’immigration ont deux autres points communs : l’éclectisme et le jeunisme. Le Maroc musical est panoramique et ouvert sur le monde. L’émission en est le reflet. La chanson marocaine y côtoie l’égyptienne, mais aussi la chansonnette libanaise, française, anglaise ou américaine. Les programmateurs ont parfaitement compris tout le bénéfice à tirer de cet éclectisme pour l’élargissement de l’assiette des spectateurs. Audience et parabole obligent, l’émission a aussi épousé la géographie et l’éclectisme de l’immigration marocaine dans le monde en s’ouvrant, un peu plus, aux candidats issus de celle-ci. Faute de place, je parlerai du jeunisme une autre fois.

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