Label marocanité : Un écart diplomatique

Ahmed Boutaleb est chez lui au Maroc parce que, en lui, il y a cette marocanité indélébile. Celle que lui reprochent nombre de Hollandais jusqu’à l’obliger à aller à la télé pour brandir le passeport néerlandais qui sera, selon lui, son linceul le jour de sa mort. Ahmed Boutaleb est chez lui au Maroc en tant qu’immigré, parti à l’âge de quatorze ans, et qui, dans une réussite exemplaire, a atteint le sommet de l’Etat hollandais. C’est une belle carrière qui, comme par effraction, est désormais rentrée dans l’histoire faisant de ce Rifain le premier Maire maghrébin d’une grande ville européenne. Il incarne comme Obama ou Cem Ozdem chez les Verts allemands, la normalisation de la diversité. Pour tous ceux qui ont mené la lutte pour le droit des migrants, il est un symbole qui couronne fièrement un combat auquel ils ont pris part. Ahmed Boutaleb est chez lui au Maroc comme Hollandais. Comme n’importe quel Hollandais quelle que soit son origine parce que notre pays ne peut et ne veut se fâcher avec personne.
Mais Ahmed Boutaleb n’est pas chez lui, au Maroc, ni en tant que secrétaire d’Etat ni en tant que personnage politique d’un pays souverain en visite dans un pays souverain. Cela, c’est le Ba.-Ba. Et il est malheureux d’être obligé de le lui rappeler, à lui l’homme politique d’un Etat moderne. La politique, c’est d’abord le respect des rapports institutionnels.
De passage au Maroc pour le lancement d’un programme en langue arabe «Huna Amsterdam», Boutaleb a donné, la semaine dernière, l’impression d’être en terre conquise. Il s’est permis des attitudes ostentatoires, par des accointances soigneusement choisies, et des commentaires sur des questions de liberté d’expression qui agitent le landerneau marocain. C’est une maladresse qui heurte les bienséances diplomatiques. Surtout qu’il s’agit d’affaires qui imbriquent, avec complexité, la question de liberté d’expression avec celle du respect des décisions de justice. Mais là n’est pas l’essentiel. L’important, c’est que Boutaleb a joué plus aisément de sa double nationalité qu’il ne le fait à la Haye. Et c’est précisément parce qu’il s’agit de cette Hollande sourcilleuse, et parfois hystérique, sur tout ce qui touche au Maroc que la contradiction est flagrante. Il faut reconnaître que s’agissant de liberté d’expression, il a donné lui-même la preuve aux Hollandais qu’ils peuvent s’exprimer comme ils veulent, au Maroc, en incrustant carrément une Radio, ce qui est le summum de la liberté. Peut-on imaginer un seul instant un ministre marocain se pavaner à Amsterdam pour inaugurer un média marocain sans provoquer une tornade au souffle raciste ?

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