Label marocanité : Un racisme feutré

Etrange Europe. Tout en s’élargissant à l’Est, elle ne cesse de se barricader topographiquement. Surtout sur son flanc sud, là où tant de hordes de gueux complotent pour assaillir son modèle social. Durant le référendum sur la Constitution européenne, le populisme va triompher. Particulièrement en France où la figure du plombier polonais va être exhibée comme un repoussoir ou lorsque les délocalisations, dans cette Chine qui fait désormais peur, serviront d’arguments et d’adjuvants pour favoriser le non à la Constitution. Fait nouveau et inédit, voilà que dans cette Europe, majoritairement libérale et où la Commission de Bruxelles défend mordicus la concurrence, rien que la concurrence, il y a comme le réveil d’une forme de protectionnisme honteux et d’un racisme économique insidieux. On avait peur de manière fantasmagorique du plombier polonais; voilà la crainte réelle d’un prédateur capitaliste. Non pas parce qu’il est prédateur. Non parce qu’il est capitaliste. Mais parce qu’il est hindou. Dans le domaine de la sidérurgie, symbole des symboles de début de l’Europe, Mittal Steel est une entreprise mondialement connue. Elle est implantée dans beaucoup de pays d’Europe de l’Est et de l’Ouest comme aux Etats-Unis. Mais depuis que Mittal Steel, numéro 1 mondial tente une OPA sur Arcelor, le groupe sidérurgiste européen, numéro 2 mondial, c’est le grand public qui va connaître Lakshmi Mittal, le patron du groupe prédateur. L’OPA de Mittal Steel sur Arcelor est normalement et naturellement hostile. Mais, cette hostilité est presque aggravée par l’origine hindoue du patron du groupe. Le groupe a beau être domicilié en Europe, précisément en Hollande. Il a beau être implanté dans plusieurs pays et employer des milliers d’Occidentaux, c’est tout de même l’identité d’origine de Mittal qui va être mise en avant, et parfois avec caricature.
Lakshmi Mittal a beau habiter une des plus prestigieuses demeures de Londres, être un ami proche de Tony Blair, rien n’y fait. Il est hindou. Rare sont les articles ou les chroniques qui vont le présenter comme un success-story. La plupart insisteront sur la fortune colossale et la puissance de son groupe dont il détient à 80%. Presque indûment, pourrait-on comprendre!
Ce que je qualifie de racisme économique n’est pas quelque chose d’ouvertement déclarée. On ne fait pas comme ça, chez ces gens là. C’est une impression qui s’insinue dans le vocabulaire. Elle s’écoule entre les syllabes. Elle se dissimule honteusement derrière les formules. Elle révèle un refus sournois et trahit une forme d’agressivité à peine contenue. Un ancien ministre français, de gauche, n’a-t-il pas hésité à parler d’une OPA du Tiers-monde sur l’Europe ? Un ministre en exercice ne s’est-il- pas proposé pour donner des leçons de grammaire de la finance internationale à l’Hindou. L’actuel président du groupe européen Arcilor n’hésite pas pour dénigrer son probable acquéreur à dévaloriser ses produits en prétendant que Mittal fabrique de l’eau de Cologne alors que lui confectionne du parfum…

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