Label marocanité : Un scrutin bariolé

Il en va ainsi de la démocratie : Un scrutin, on jubile de plaisir. Un autre, on fait dans la soupe aux grimaces. Mais cette situation où la joie fait le pied de nez à la débandade et à la tristesse reste le lot merveilleux et magique de la vie politique. Elle est surtout le quitus d’une démocratie bien saine.
Le scrutin qui vient de s’achever en France engage le pays dans un processus nouveau et irréversible. Bien que local, il finira, à terme, par avoir une considérable et durable incidence sur le futur paysage politique, et tout particulièrement sur le visage, désormais bariolé, de la classe politique.
En effet, une des premières incidences, c’est la quasi-disparition du Front national y compris dans ses bastions les plus traditionnels. Sarkozy, il faut le reconnaître, a siphonné l’extrême droite en recyclant et  en «républiquisant» ses thèmes porteurs (la sécurité, l’identité, la peur de l’Europe, l’immigration…) qui sont pour l’essentiel les ingrédients de la peur. Ces municipales, en revanche, ont achevé l’œuvre en se détournant de ces questions pour mieux se porter sur des thématiques quotidiennes et réelles faites de vie chère, de logement, d’emploi…toutes aggravées, dans leurs perceptions, par un style présidentiel ostentatoire, bling-bling et immature. De fait, si la gauche a perdu les municipales en 2001 sur le thème de la sécurité, force est d’admettre que la droite a perdu les élections communales sur la question de la gouvernance.
Le second enseignement à en tirer, c’est qu’un édile peut perdre une élection sur un bon bilan dès lors que la vague souterraine est forte et tellurique. Cela, on peut dire que la science politique le savait déjà. Ce qui est nouveau, c’est cette propension qu’ont les électeurs à faire du zapping politique. Plusieurs villes gagnées par la droite en 2001 ont été perdues en 2008. Les plus saillantes restent les villes de Rouen et de Strasbourg qui, cette dernière et en l’espace de 25 ans, a changé cinq fois de maire et pas toujours sur un mauvais bilan. C’était le cas pour Catherine Trautmann en 2001, qui après avoir été tsarine, s’est fracassée sur le récif de la division de son camp et sur une injuste accusation de tolérance pour les délinquants. C’est aujourd’hui le cas de la mairesse sortante accusée de style rigide.
Enfin, il y a ce fait incontestable. Il y a une forte diversité dans les listes municipales qui se sont présentées à ces élections. Rien que dans l’Est de France, le consul du Maroc a dénombré, dans sa circonscription, 84 candidats d’origine marocaine sur les différentes listes. Le thème de la diversité étant aussi porteur que celui de l’environnement, presque toutes les listes se sont verdoyées thématiquement et se sont basanées humainement. Chirac avait ouvert la voie par le haut. Sarkozy a élargi les chemins toujours par le haut. Ces municipales ont opéré magiquement l’émergence de toute une série d’acteurs issus de l’immigration qui s’inscriront durablement dans le paysage politique. Les plus emblématiques, l’une de gauche et l’autre de droite, restent deux Marocaines : Rachida Dati et Najet Belkacem.

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