Label marocanité : Une journée particulière

Ça y est. Dans deux jours, ce sera l’heure de vérité française. Dimanche, la journée,
comme tous les jours d’élection, sera lente. Flegme. Interminable. Le temps sera comme suspendu. Dans les préaux des écoles, il y aura, dans une interminable discontinuité, des hommes et des femmes qui, d’un pas lent, se dirigeront vers les urnes comme pour délivrer un message. Chacun d’eux tiendra, entre ses doigts, un bout du chemin de l’aventure future qu’il introduira, par portion, dans la fente de l’urne, ce box de la démocratie. Aussi paradoxale que cela puisse paraître, la force d’une démocratie bien assise tient dans son morcellement en millions de bouts de papier.
La journée, à ne pas en douter, sera très calme. Les médias seront muets et l’air, en dépit du climat, sera léger. Presque éthéré. Comme durant les calmes qui préparent les tempêtes, personne, individuellement, ne sera dupe sur le caractère trompeur et maladroitement maquillé de cette quiétude. Collectivement, on ressentira en revanche, et dans ses obscurs tréfonds, les tressaillements d’une société qui a rendez-vous avec un moment important de l’Histoire. On ne se préparera peut-être pas au grand soir. Mais, et c’est certain, on achèvera la journée avec tout le bastringue d’une soirée de vacarme tant elle sera tumultueuse.
C’est que l’élection de dimanche aura tout de même quelque chose d’inédit dans la cinquième République. Le Pen mis à part, les deux vainqueurs, quels qu’ils soient,  participeront d’une mutation générationnelle. Ce tournant, à lui seul, n’est pas sans effaroucher. La vieille société française changera, à l’instar de ce qui se passe dans les grandes démocraties, de progéniture politique, de style et de ton. Ce n’est naturellement pas qu’une affaire de forme. Cela aura des répercussions sérieuses sur les tonalités de la politique intérieure et, sans aucun doute, des incidences profondes sur la politique extérieure de la France.
Mais il y a plus. Dimanche, la République française a un rendez-vous avec une revanche. Elle vivra, en plus d’une halte démocratique, les transes d’une séance d’exorcisme. C’est qu’elle vit, cette démocratie française et depuis le 21 avril 2002, avec une boule dans le ventre. Elle a comme un point de côte gênant. Un caillot dans les artères. Depuis cinq ans, le peuple français vit sur une usurpation. Il a le sentiment de s’être fait voler son second tour de précédente présidentielle. Et pour peu qu’on y prête attention, on ressent chez lui cette impatiente envie d’en découdre.
Tout le monde s’attend à une surprise. Le nombre d’indécis, évalué à 18 millions d’électeurs, est monstrueusement énorme. La quantité des nouveaux inscrits est sans précédent. Et il y a tout lieu de parier que, malgré les vacances scolaires, on aura un taux de participation conséquent.
Dans ces cas, Sarkozy, longtemps donné triomphateur n’a qu’à bien se tenir. Pour ma part, je n’ai jamais été convaincu de cette hypothèse et j’ai bien peur (j’en serai personnellement heureux) que la surprise ne se fasse à son détriment.

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