Label marocanité : une leçon double

Label marocanité : une leçon double

En marge d’un séminaire sur l’eau, organisé à l’occasion des 400 ans des relations économiques entre le Maroc et les Pays-Bas, les deux édiles, Sajid et Boutaleb, ont procédé à la signature  d’un avenant à l’accord qui lie depuis 2005 les deux villes. Cet accord touche à des choses très concrètes et fondamentales dans la gestion d’une cité comme les questions de l’assainissement, l’eau ou la gestion portuaire. La ville de Rotterdam, bâtie sur l’eau, a un renom mondial et mérité dans ces domaines.
La dernière fois qu’il était en mission officielle, j’avais, ici même, égratigné Ahmed Boutaleb.  J’avais considéré comme un écart diplomatique une de ses immixtions dans une affaire interne marocaine alors que son statut de maire devait l’inciter à plus de retenue. Dans mon ire, je n’avais rien laissé transparaître de l’énorme considération que j’ai pour cet homme que j’ai rencontré à quelques occasions. Plus que d’un parcours exemplaire ou que d’un modèle, je le vois surtout comme une leçon à méditer. Vu de Hollande, le parcours de Boutaleb est exceptionnel. Cet homme n’est ni un peintre talentueux ni un acteur doué et encore moins un chanteur d’exception. Je dis cela pour souligner le défi. Dans ces métiers, on peut s’imposer par la rareté et le talent. Boutaleb, homme politique néerlandais, a réussi la singulière gageure de s’imposer dans un domaine où la concurrence est rude, où on ne fait pas de cadeau et où le coup tordu n’est jamais très loin. Un domaine où on exige abnégation et sacrifice, sens du dévouement et disposition à la trahison. Dans une conjecture chargée d’hostilité et de haine, cet homme est rentré dans l’histoire en devenant le maire d’une des plus grandes villes portuaires d’Europe. En ce sens, dans le panorama migratoire marocain, Boutaleb est une promesse. Vu du Maroc, Ahmed Boutaleb est le quitus de la profonde mutation que connaît l’émigration marocaine. Pour de multiples raisons et par les aléas de l’histoire, cette émigration s’est tellement enracinée dans l’humus des pays d’accueil qu’il y a désormais une irréversibilité dans le processus d’intégration. Cette intégration est tangible bien que parfois  imparfaite. Boutaleb certifie, par son exemple, que si les Marocains du monde demeurent les sujets mythifiés de notre pays, ils restent surtout les citoyens réels des sociétés dans lesquelles ils vivent, chaque jour et certainement pour toujours. Il n’y a que certains chercheurs obtus et quelques ratés de l’intégration qui s’obstinent curieusement dans le déni de cette réalité.

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