L’Aïd «ensanglante» les réseaux sociaux

L’Aïd «ensanglante» les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux sont-ils le reflet de nos sociétés, servent-ils à des projections fantasmées, sont-ils le lieu où des minorités donnent de la voix ou encore des espaces où les majorités tentent «d’écraser» toute velléité de débat ? Sûrement un mélange de tout cela et bien d’autre chose encore. Ils peuvent servir au meilleur comme au pire, le meilleur étant de permettre le débat, le dialogue, l’échange… le pire étant la propagation de fausses infos, de rumeurs et l’incitation à la haine de l’autre, bien à l’abri derrière son anonymat !
Ces derniers jours c’est l’Aïd qui a été l’objet de toutes les discussions, parfois afin de servir d’exutoire à une islamophobie rampante, parfois au contraire afin d’aborder de vraies questions collatérales à la célébration de l’Aïd Al Adha, telles que les incivilités qui accompagnent cette fête ou encore l’endettement qu’elle peut provoquer chez les familles les plus démunies. Les débats sur ces deux points ne sont pas ineptes loin de là. Qui peut ne pas se poser la question de l’état d’insalubrité dans lequel se retrouvent de nombreuses rues au lendemain de l’Aïd, soit parce que les déchets ont été déposés sur l’espace public par des citoyens peu scrupuleux, soit parce que les sociétés de ramassage d’ordures ont manqué à leurs devoirs, soit parce que d’autres ont transformé les trottoirs – voire les chaussées – en espaces de grillades incontrôlés.
Il faut cependant faire la part des choses, ici ce n’est pas la célébration de l’Aid qui est en cause mais bien l’incivisme qui confond fête et comportements inadéquats.
Pour l’immense majorité des Marocains outre l’aspect religieux de cette fête du sacrifice, l’Aid El Kebir possède un très fort caractère identitaire et social, pour beaucoup –et c’est heureux– elle garde cette forte signification de fête du partage, même si elle devient aussi synonyme de retrouvailles, voire de ripailles. Nombreux sont ceux qui ,sur les réseaux sociaux, ont mis en avant le côté « déviant » du système du crédit pour acheter la précieuse bête, bien sûr voir des familles modestes s’endetter pour s’offrir le mouton est douloureux mais n’oublions pas le poids du « voisinage », la pression sociale notamment dans les quartiers populaires qui font qu’aucun ménage ne peut affronter l’humiliation qu’entraînerait le non achat du mouton. Sans oublier l’attente anxieuse des enfants qui en font LE moment de fête et de fierté par excellence…Peut-on rejeter tout cela d’un trait de plume ? Pouvons-nous nous abstraire de tout cela ? Considérer que cette célébration ne devrait plus avoir cours de nos jours me semble en décalage avec les aspirations de notre peuple, pour autant poser les bonnes questions sur la salubrité, sur des lieux d’abattage, sur le civisme… est légitime.
Sachant que personne n’impose ce rituel religieux et identitaire – d’ailleurs nombreux sont ceux qui préfèrent le célébrer d’une autre façon – je n’ai pas compris la création d’un groupe «Mam 3aydinch…..» sur Facebook ! Non pas le fait de revendiquer le droit de ne pas célébrer l’Aid – qui leur conteste – mais le fait qu’ils disent «en être fiers» !
En quoi est-ce une fierté ???

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