L’arthrite d’un régime

Il y révèle le secret bonheur des rois, émirs pétroleurs  et autres chefs d’Etat arabes face à ce qui se passe en Iran. D’un trait de plume, il a surligné le choléra silencieux de tous ces régimes face à l’hyperthermie déclarée, nécessairement passagère, qui s’empare de l’ultraconsérvatisme iranien. Pour preuve, ces foules de contestataires à Téhéran, inimaginables dans les pays arabes, illustrent l’avance  démocratique des ayatollahs. Outre qu’on mélange torchons et serviettes, ce procédé semble relever de la mauvaise foi. Ou de la foi tout court. On est, alors, face au credo, gêné aux entournures, d’un islamiste contrarié.
Nos journaux auraient dû mettre à la Une son visage. Visage sublimissime. Elle a en elle, comme chez tant d’Iraniennes ou Afghanes, cette singulière beauté qui incommode la virilité des barbus et des conservateurs sourdingues. Un visage gracieux et ensanglanté qui, en un instant, est devenu une effigie dans notre mémoire et imaginaire. Et puis, il y a ce cri d’une souffrance insoutenable, celui d’un père qui hurle impuissamment son exhortation pour que sa fille ne se meure pas. Ce cri est trop humain  pour être entendu par ceux qui n’écoutent que Dieu. Même les Anges du ciel et les démons souterrains ont dû être remués par ce râle supplicié. Pas eux.
Depuis 1979, date de la révolution iranienne, ce pays a  contribué, et pour beaucoup, au bruit du monde. Il est l’un des plus actifs incubateurs du Hamas et du Hezbollah, en plus de beaucoup de malheurs pour son peuple. Trop de malheurs, trop de drames, trop de morts. Il a contribué à faire reculer la cause de l’Islam en en faisant une idéologie belliqueuse et mortifère. Mais l’assassinat de cette jeune, Néda Soltani, sous les yeux de son père et du monde, demeurera les plus monstrueux des crimes. Un assassinat à bout portant et en direct. Les mains des Mollahs en sont devenues désormais souillées. Et les bassijd nouvelle Savac.
On ne justifie pas, Monsieur Bouachrine,  l’injustifiable. Le peuple iranien, beau et magnifique peuple, n’en peut plus de l’arthrite de son régime. Le pays est devenu une geôle pour  les sens. Il n’en peut plus, ce peuple, de cette idéologie qui hait le corps et l’esprit. La canalisation des instincts et l’oblitération de la raison ne peuvent constituer à elles seules une politique. On peut tout supporter, le dénuement, les pénuries, la misère même…mais toutes les certitudes axiomatiques du monde ne peuvent endiguer le désir de liberté individuelle.

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