L’autre jour : Raisonnable

L’information nous vient tout droit du Caire, en Egypte, connue pour conserver des traces indélébiles du génie humain dans toute sa splendeur, mais aussi dans ce qu’il a de moins flamboyant. Il s’agit du décès du plus célèbre bourreau du pays, le dénommé Abdessamii Kilani qui vient de quitter ce monde à l’âge respectable de 94 ans, pour rejoindre, dans l’au-delà les centaines d’êtres qu’il a eu l’infime privilège de faire passer de vie à trépas durant sa longue carrière de bons et loyaux services. L’artcile d’un confrère arabophone nous donne un aperçu succinct sur l’itinéraire professionnel de Kilani, connu côté look par ses bacchantes épaisses et volontaristes. Il est entré au service de l’administration pénitentiaire en 1971 en tant que gardien de la salle des exécutions, pour devenir en 1980 adjoint au bourreau en chef, après avoir subi des tests et un suivi psychologiques rigoureux, « pour s’assurer de sa résistance et de sa capacité à exécuter les peines capitales » précise l’articulet, manière de signifier qu’au pays des Pharaons, on ne badine pas quand il s’agit d’occire son prochain. Puis, on nous fait savoir, comme complément à nos connaissances forcément lacunaires, que le condamné candidat aux services de Kilani est habillé en rouge et est soumis à un régime d’isolement, dans le quartier des condamnés à mort jusqu’au jour de l’exécution de la sentence. Le paradoxe, nous dit-on par la même occasion, est que le condamné fait l’objet d’un suivi médical très attentionné, qu’il mange des plats de choix et qu’il est soumis à une surveillance particulière, de peur qu’il n’attente à ses jours avant le jour «J». Justement, ce jour-là, on nous dit qui sont les représentants des corps constitués qui vont assister à la cérémonie macabre et on nous informe que puisque les jambes du préposé à la peine capitale ne le supportent plus, son corps est pratiquement porté jusqu’au lieu de l’exécution. Et puis on nous décrit brièvement – parce qu’il n’y pas lieu de s’attarder là-dessus – le protocole officiel de la mise en oeuvre de l’exécution. Ensuite on demande au condamné d’exprimer ses dernières volontés. «Si celles-ci sont recevables, comme écrire un mot à un proche, fumer une cigarette, faire une prière ou boire un verre d’eau, elles sont satisfaites. Mais si elles sont étranges, genre rencontrer sa femme ou demander un fruit dont ce n’est pas la saison, alors on passe outre» dit l’article. Effectivement, si le concerné se met en tête de manger des nèfles en plein hiver, où va-t-on ? Ce fruit est pertinemment appelé en arabe «mzah», qui équivaut à «plaisanterie» pour dire que toutes ces simagrées ne sont pas raisonnables pour Kilani qui, lui, n’a pas le coeur à ça.

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