Le gros malaise du «20 février»…

Je n’ai jamais été partisan du «Mouvement du 20 février», de sa stratégie, de ses alliances, de ses méthodes -mais au moins me suis- je efforcé de leur opposer des idées et de ne pas tomber dans l’invective ou l’anathème- c’est pourquoi je me sens d’autant plus à l’aise pour aujourd’hui essayer de comprendre ce qui n’a pas marché « en lui », pour qu’il reste à ce point à la marge. J’ai une explication qui n’est bien sûr pas exhaustive et qui est sans prétention par rapport à de savantes analyses politiques, mais mon explication relève «du terrain», du vécu, du palpable, en fait j’ai pu finir de la forger lors du Café Politis du 28 août où l’attitude de certains d’entre eux poussée jusqu’à la caricature , était soudainement lumineuse quant à leurs défauts. Le gros malaise des «20 Février», leur désarroi actuel est essentiellement dû à leur «immodestie» ! Immodestie qui mène à l’arrogance, à l’aveuglement et à l’autisme. En fait ces jeunes vivent en vase clos, ne se confrontent pas aux autres sauf pour s’opposer, toujours dans le registre de l’agressivité, comme pour mieux se complaire dans un rôle de victimes, comme pour mieux se protéger et s’auto-convaincre qu’ils ont raison, en refusant ne serait ce que d’écouter l’autre. Rendons à César ce qui est à César et reconnaissons-leur d’avoir suscité un déclic au sein de la jeunesse en «libérant une parole» qui existait et qui ne demandait qu’à s’exprimer. Or si c’est un mérite qui leur revient c’est aussi là qu’ils ont «planté» ! Ils voulaient mobiliser la jeunesse pour «la révolution», ils voulaient un «printemps marocain» identique aux printemps arabes, «bezziz», comme on le dirait de façon si explicite dans notre darija. Or ils ont ouvert une sorte de boîte de pandore qui leur a aussitôt échappé… Les jeunes Marocain(e)s se sont certes engouffrés dans la brèche mais dans un sens totalement différent de celui souhaité par les 20 Février. Ces jeunes ont envahi l’espace social mais pour construire, pour participer, pour proposer y compris sur des thèmes que le Mouvement du 20 février pensait lui appartenir, oubliant d’ailleurs que le militantisme n’avait pas commencé le 20 Février 2011 dans notre pays. Et notre 20 Févier n’a rien vu venir ! Il est resté «scotché» sur ses revendications, sur ses manifestations hebdomadaires, sur sa certitude d’être LE mouvement, sur l’absolue conviction qu’il détenait LA vérité… et continue d’ailleurs de penser que le seul engagement valable est de le soutenir… c’est ainsi que le 20 Février est en quelque sorte aujourd’hui périmé. Pour étayer mon explication, je voudrais vous raconter cette scène vécue au Café Politis, initiative qu’ils décrient à qui mieux- mieux sur twitter mais où ils viennent toujours en force .Les organisateurs avaient invités, à la tribune pour parler des nouvelles formes de militantisme, outre le Grand Témoin Ahmed Herzenni, 3 figures nouvelles et emblématiques de l’engagement : Reda El Ourouba, brillant jeune blogueur venu parler de «l’Alliance des Indépendants» dont il est membre fondateur, Salim Jebari, jeune Marocain de Belgique rentré au pays et membre de l’association Marocains Pluriels, présent pour parler des 44 propositions émises par les jeunes, «pour changer la vie», sur Nbni Bladi (groupe facebook), et Ali Lefriyekh, jeune de 17 ans créateur avec d’autres de son âge de «Polijuniors». Dans l’assistance, puisque le Café Politis est libre d’accès, s’est alors levée une jeune fille du 20 Février pour «s’étonner» de la présence d’une photo du Souverain sur la façade du restaurant la Sqala et s’indigner que l’on OSE parler de militantisme sans inviter le 20 Février à la tribune !!!! Le ton employé pour exprimer cela fait d’arrogance, de mépris, de certitude insolente, l’attitude condescendante, ont en fait montré une seule chose : leur incapacité à concevoir que d’autres jeunes soient engagés dans le militantisme citoyen moderne et qu’ils ne se revendiquent nullement d’eux. Pire, les 20 Février sont totalement déstabilisés dès qu’ils ont en face d’eux des jeunes, brillants, convaincus et convaincants et qui ont choisi de s’impliquer, d’œuvrer et d’agir pour le changement, à l’intérieur de nos institutions. Ils sont d’ailleurs confrontés à cela de l’intérieur puisque des jeunes de leurs rangs, telle cette jeune fille engagée dans la cause féminine et qui a créé sa propre structure pour «positive», prennent leurs distances… Pour terminer je citerai le slogan des jeunes de «Poljuniors» : Maroc, nous écrivons une nouvelle page ! Superbe.

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