Lettre de Marrakech : un grand de la mode : le Marrakchi J.P. Gaultier

Lettre de Marrakech : un grand de la mode : le Marrakchi J.P. Gaultier

Tout le monde sait l’attrait que Marrakech possède sur notre ami Jean Paul Gaultier, qui vient souvent se ressourcer et passer quelques temps dans notre ville. Les Marrakchis ont souvent l’habitude de voir flâner ce géant de la mode dans les ruelles de la Médina, aux souks ou encore sur la terrasse d’un des cafés de la Place Djamaâ El Fna. Depuis longtemps, on le voit aussi attablé avec ses copains et sa soeur dans certains restaurants comme « Le Marrakchi », où les bons plats de cuisine marocaine sont servis avec une vue panoramique sans égal sur la fameuse place, aujourd’hui classée comme patrimoine oral de l’humanité par l’UNESCO. J.P.G. est né dans la région parisienne à Arceuil un 24 avril 1952; il est issu d’une famille de comptables. C’est ainsi qu’il aura plus tard l’art de mêler les images dans ses collections des couleurs de Barbès au chic zazou du boulevard Saint Germain des Prés. Très jeune, J.P.G. va être attiré par tout ce qui est mode, élevé par sa grand-mère. Le vrai chemin dans ce domaine s’ouvrira à J.P.G. en 1970, année où il rentre dans la maison Pierre Cardin, puis fait un bref passage chez Jacques Esterel pour se retrouver chez Jean Patou où il restera deux ans comme assistant des deux célèbres: Michel Gomez et Angelo Tarlazzi. Entre les années 74 et 75, J.P.G. fait une retour chez Pierre Cardin mais avec comme mission d’aller à Manille créer des nouvelles collections pour les Américains. Il est intéressant de noter qu’en 1976, notre J.P.G. créa une ligne de bijoux électroniques et la même année, est sortie sa première collection pour femmes en octobre, ce qui annonçait l’ouverture de sa maison. J.P.G. va se distinguer en 1983 en créant la robe-corset appelée « collection Dadaïste », mais surtout va sortir sa première collection hommes. Tout cela sera suivi en 1985 par la fameuse collection «Une garde-robe pour deux », création de la jupe pour homme ainsi que les costumes du spectacle « Le défilé » de Régine Chopinot. J.P.G. ira en 1986 jusqu’à inventer une collection « russe » inspirée du constructivisme suivie l’année d’après par une autre collection «Rock-stars » rendant ainsi hommage aux styles vestimentaires des divers rock-stars. En 1988, c’est la sortie de la collection « Le concierge dans l’escalier » façon de rendre hommage au Paris populaire de l’entre deux guerres. En 1989, il y aura le lancement du disque « How to do that » et J.P.G. s’investira pour la création des costumes du film « La cuisinière, le voleur, sa femme et son amant », de Peter Greenaway. En 1990, J.P.G va se consacrer à créer pour Madonna en tournée mondiale, « Blond Ambition Tour », des pièces uniques et notamment le fameux soutien-gorge en forme de cône. L’année d’après, c’est Yvette Horner, la fameuse accordéoniste qui sera habillée par J.P.G pour son spectacle au casino de Paris. L’année qui suit verra la création de meubles mobiles par notre ami, mais c’est en 1993 que le premier parfum «J.P.G.», va naître. Notre ami sera sollicité de nouveau pour les costumes du film « Kika » de Pedro-Aldomvar et sort en même temps la collection « Peircing et tatouages». Le lancement de son premier parfum homme se fera en 1995, « Le mâle», en même temps que la collection des costumes du film « La cité des enfants perdus » de Marc Caro et J. Pierre Jeunet. A ce moment, J.P.G. va lancer sa première collection Haute couture « Gaultier Paris ». Il dit d’ailleurs : « Avec la haute couture, j’ai la même sensation d’équilibre, de paix avec moi-même. Quand un modèle n’est pas abouti, je le laisse reposer. C’est cela le vrai luxe ». Cette même année 97 il va créer les costumes du film « Le cinquième élement » de Luc Besson, ainsi qu’une collection « Black Beauties » rendant hommage à l’élégance black. Rappelons-nous que son parfum édité en série limitée, « Summer Fragrance » sortira ainsi en cette année 1997, dans une « buste de femme » mais avec des motifs de touages sur le bustier. En 1998, il crée la collection : «Hommage à Frida Khalo » et une autre : les nouvelles existentialistes. Les costumes du spectacle Pinocchio seraient encore de J.P.G aussi que le lancement de sa première collection « J.P.G. fourrure » automne/hiver 98-99. Interrogé sur ce qu’il fait, J.P.G déclarait : « Je suis sûr que si je faisais les mêmes vêtements qu’il y a quinze ans, ceux que je choquais diraient oh, oui, c’est très couture ». D’ailleurs, en parlant de lui, Pierre Bergé n’a pas hésité à dire de lui qu’il était « le plus grand depuis Yves Saint Laurent ». J.P.G. est passé en 1999 du statut de « membre invité » à celui de couturier consacré dans le calendrier de la profession (le premier depuis Christian Delavoine en 87). Ainsi cette année 99, va permettre à J.P.G. de signer un accord de partenariat avec la maison Hermés International. J.P.G. va aussi lancer son deuxième parfum femme « Fragile » présenté sous la forme d’une boule de neige. La collection qui va suivre « le 3ème millénaire sera Amour, présentée par des couples illustrant le métissage. Les dernières collections seront celles de l’an 2000 et qui porteront le nom: « La croisière s’amuse » et Paris. A propos de métissage, J.P.G. disait « Je trouvais que ces immenses mannequins, américaines ou suédoises, avaient quelque chose d’un peu inhumain et le plus souvent d’insipide. Comme c’était leur métier de défiler, elles se fichaient un peu des vêtements. Elles n’avaient de vrai rapport avec eux. Donc, mon idée a été de prendre des filles qui aimaient la mode, qui étaient heureuses de la porter, de la mettre en valeur. L’évolution professionnelle de cet homme, fort sympathique est extraordinaire quand on sait qu’il peut passer du style Saint Germain, existentialiste à celui des gouailleuses de Pigalle. Aujourd’hui, il fait figure de modèle à l’intérieur du monde de la mode, dont il a cassé les règles pour mieux les définir. De sa ville Paris, il pense « Ma vision de Paris est tout en clichés. Je suis resté le banlieusard qui rêve de la capitale, et c’est pour ça que je prends tant de plaisir à y être, retourner au café de Flore, c’est comme si je retrouvais le temps où j’avais le temps. Une mouillette et un oeuf à la coque, un café au lait me rendent fou de joie ». Jean Paul Gaultier a été aussi consacré par plusieurs livres qui parlent de lui, de sa vie et de son travail. Le premier du genre était : « La mode pour la vie », publié en 1983 aux éditions Autrement », et écrit par Marylène Delbourg Delphis. Ce livre, outre l’aspect métissage dont nous avons parlé, montre que J.PG. peut faire défiler des petites, des grosses, des vieilles, des tatoués, des hommes habillés en femmes et des femmes en hommes. D’autres livres sont parus sur le phénomène J.P.G.: en 1990, « A nous deux la mode », aux éditions Flamarion et en 1999, « Mémoires de la mode » aux éditions Assouline. La même année paraît en bande dessinée : « Lili chez les top-models » aux éditions Vent d’Ouest. Aussi on voit que c’est un homme plein de vie et d’ardeur qui s’est investi dans les tous domaines liés à la mode et la couture tels que: le prêt-à-porter, la couture, Jeans, accessoires, lunettes, maroquinerie, bijoux, parapluies, foulards, cravates, chaussures et parfums. Il est présent partout. En parlant d’habits, on sait que J.P.G. s’est toujours appliqué à casser la rigidité de la garde-robe, allant parfois jusqu’à doubler de vision des vestes en tissu camouflage ou à disséquer les tailleurs à l’horizontale dans son prêt-à-porter, au fil de vêtements puzzles coupés et accrochés à des chaînettes d’argent. Au sujet de sa collection 2001, il la qualifiait de « Robes qui se dérobent », une collection qui a montré le savoir-faire accompli de J.PG. Je pense, qu’après avoir raconté tout cela sur J.P.G., on comprend bien pourquoi le qualifier de « l’enfant terrible de la mode française ». Ce fou de la mode qui parfois, pendant ses défilés, faisait surgir la chanteuse Sapho d’un cercueil et où il envoyait des dindes vivantes aux rédactrices de mode pour Noël, celui que la comtesse de Paris qualifiait en 1986 dans un traité de bonnes manières, de « jeune homme irrévérencieux, amateur de défilés loustics », est aujourd’hui adulé par celles qu’il habillent, arboraient aussi bien la milliardaire libanaise Mouna Ayoub que les banquières américaines. Dans tout cela, Jean Paul Gaultier est un homme sympa, adorant Marrakech puisqu’il y vient souvent. Plus simple que lui, tu meurs et plus souriant que lui ça n’existe pas. Personnellement, il me dérange par sa capacité de perception. Il est capable de vous parler au salon tout en suivant ce qui se passe ailleurs. Passer une soirée avec lui est très agréable car il se détache de son métier pour parler avec vous d’autres choses : l’intellectuel, le social, les hommes, le Maroc, Marrakech et ses ruelles et sa place Djamaâ El Fna. On a l’impression d’être avec un gars, souriant, qui cherche à découvrir et à écouter pour apprendre plus sur Marrakech et ses traditions. Il nous racontait que le plus amusant pour lui c’est d’aller voir les films de karaté dans les cinémas des quartiers populaires de la ville. La présence du peuple pour ce fils de banlieue est un besoin qui le rassure. D’ailleurs, J.P.G., a un fond extra, puisque comme son style de mode spécial et anticonformiste, son comportement l’est aussi et privilégie les relations avec les enfants du peuple. On peut le voir à la Mamounia ou dans de beaux endroits mais souvent il est aussi dans des endroits plus populaires où on sent la vie nature, sans hypocrisie et sans chichi. Cher J.P.G., cette page t’es absolument dédiée par la « Lettre de Marrakech » qui t’attend toujours chez toi au quartier Mouassine ou ailleurs à Marrakech, sans oublier qu’un jour tu dois nous faire, peut-être défiler ici des belles robes, peut-être à l’occasion d’une possible crémaillère ».

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