Même pas la moyenne…

Même pas  la moyenne…

En tout cas, comme tous les chiffres, on pense qu’ils vous montrent tout, mais, au fond, ils nous cachent l’essentiel. J’en ai déjà parlé un peu hier, mais permettez-moi d’y revenir parce que c’est un sujet qui m’intéresse à plus d’un titre. D’abord, j’adore les chiffres, même si je n’aime pas beaucoup le fric, ou du moins je n’aime pas en avoir trop. Ensuite, j’avais toujours été un grand matheux au lycée, mais j’avais fini par délaisser les chiffres leur préférant les lettres et tout ce qu’on peut en faire de beau et de délicieux.

Et enfin, j’ai laissé le meilleur pour la fin, j’ai failli, dans une autre vie, devenir démographe, et même mieux : aménageur. Eh oui ! L’aménagement du territoire ! Quel joli nom pour un si naïf et inaccessible idéal! Mais tout ça, fait partie de l’histoire.

Et vous qui croyiez que je n’ai toujours été qu’un amuseur public et un délireur privé. En vérité, peut-être que je le suis devenu après avoir constaté que si je continuais sur ce chemin, non seulement je n’allais rien aménager ni rien changer, mais surtout je risquais de me casser les dents. 

Et j’avais laissé tomber pour devenir… historien. Enfin, pour être plus exact et plus honnête, je devrais dire raconteur d’histoires qui ne veulent rien dire. On ne devient pas riche avec ça, mais on fait jaser plus d’un et en plus, on s’amuse bien. Au fait, pourquoi je vous parle de tout ça ? Ah oui, à cause des résultats du recensement. On ne les a pas encore tous, mais moi, j’ai décidé de les analyser avant même de les voir.

Tant pis pour eux, ils n’avaient qu’à ne pas nous faire poireauter. Je ne vais pas revenir sur le petit chiffre mignon de 33,8 millions qui a commencé déjà à complexer certains peut-être à cause de voisins, et je vais me limiter à une problématique que je trouve essentielle, à savoir ce qu’on appelle un peu trop abusivement : «la classe moyenne». C’est quoi, chez nous, d’après vous, «la classe moyenne» ?

Quand j’étais enseignant – ça aussi, c’était dans une autre vie – j’avais souvent pour habitude de poser cette question à mes étudiants et j’avais souvent comme réponse tout et n’importe quoi. Les plus érudits d’entre eux me répondaient parfois : «CSP B et B+». Sous ce code bizarroïde se cache une vague catégorisation socio-économique inventée par des experts en marketing inventifs avec la complicité d’économistes  fumistes et de sociologues défaitistes.

D’ailleurs, il suffisait que je relance ces étudiants éclairés pour en savoir un peu plus sur ces fameux « CSP B et B+», pour qu’ils me sortent des absurdités vaseuses du type : «M’ssieu, ce sont ceux qui sont au milieu», ou bien : «Ce sont ceux qui ne sont ni pauvres ni riches»…

J’ai même eu une fois cette réponse d’anthologie : «ce sont ceux qui aimeraient bien faire partie des CSP A, mais qui n’y arrivent pas» ! Et quand, pour les provoquer encore plus, je leur demandais s’ils avaient une idée sur leur revenu, là, j’avais droit à tout. Ça allait, selon les années, de 3.000 DH à 10.000 DH, voire parfois… 20 .000 DH…

par mois ! Surtout ne me demandez pas quelle serait ma réponse. Je vous avoue que je n’en sais fichtrement rien. Tout ce que je sais – et là, je suis un peu d’accord avec certains de mes ex-étudiants – c’est que ceux qui sont comptés dans la classe moyenne ne seront peut-être jamais riches, mais, par contre, si on ne fait rien pour eux,  il y a beaucoup de risque pour qu’ils deviennent à leur tour, pauvres, et même plus pauvres que les vrais pauvres. Parce que, eux,  ils ont choisi de vivre mieux.

Je vous développerais peut-être un jour cette idée qui paraît saugrenue mais qui ne l’est pas du tout, en vous donnant juste deux petites indications. La 1ère, c’est cette surtaxation de la consommation  d’eau et d’électricité dès qu’elle «dépasse la moyenne». La 2ème risque de faire encore plus mal : la décompensation de la bouteille de butane, avec, promet le gouvernement, de compenser les plus démunis. Et les autres, alors ? «La classe moyenne» ? Vous croyez qu’ils ont plus de moyens ?

Franchement je ne sais pas ce qui les attend, mais en attendant, je leur souhaite, ainsi qu’à vous, un très bon week-end. Quant aux autres…

Un dernier mot sous forme de devinette: pourquoi on met toujours un temps fou à juger un grand nabab voyou mais on décide souvent très vite du sort des petits filous ?

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