Mieux vaut en rire: Comment ça va mal?

Mieux vaut en rire: Comment ça va mal?

D’ailleurs, le titre même de cette chronique atteste que je préfère rigoler des problèmes plutôt que de m’en prendre la tête. Cependant, je ne vous ai jamais caché la vérité, mais j’essaye à chaque fois de vous la présenter sous un angle disons un peu marrant, histoire de ne pas vous saper le moral.

Aujourd’hui, je viens de constater que tout ce j’ai écrit jusqu’ici n’a pas servi à grand-chose. En effet, je viens d’apprendre, chiffres à l’appui, que le moral de mes concitoyens et mes concitoyennes semble avoir reçu un sacré coup. Je ne l’ai pas appris par une rumeur de couloir ou par une discussion de café du commerce, mais à travers les résultats d’une étude tout ce qu’il y a de plus sérieux.

Le HCP, je sais que vous connaissez, mais l’ICP, ça vous dit quelque chose ? Je vais vous le dire : c’est «L’Indice de confiance des ménages», un truc plutôt bien trouvé et qui est censé indiquer à nos responsables notre degré de satisfaction ou d’insatisfaction par rapport à tout ce qu’ils font ou ce qu’ils ne font pas pour nous. Pour finir avec les définitions, je dois vous dire que l’outil qui est utilisé pour nous scanner s’appelle «l’enquête permanente de conjoncture auprès des ménages». Je vous ai bien dit que c’est du sérieux.

Mieux encore : cette enquête est menée régulièrement et plus précisément à la fin de chaque trimestre. Comme quoi, on ne chôme pas du tout et on n’épargne aucun effort pour améliorer notre sort. Justement – quelle belle transition ! – il s’avère, grâce à cette étude, que le chômage et l‘épargne font partie, entre autres, des grandes préoccupations des Marocains et des Marocaines.

Il y a en plus, la hausse des prix, l’achat des biens durables, etc. Les chiffres sont éloquents. Je suis désolé de vous effrayer, mais je suis obligé de vous les donner pour que vous ayez une idée de l’étendue de notre déprime et de notre désarroi face à l’avenir qui nous attend, du moins tel que nous l’envisageons. Je commence par le chômage : 76% des ménages pensent que ça va aller de mal en pis, et que l’emploi de rêve dont rêvent probablement la plupart d’entre eux n’est pas pour demain; 53% d’entre eux n’ont pas l’intention de s’offrir ces fameux biens, dits durables, comme par exemple un joli salon en cuir ou une belle bagnole, non pas qu’ils n’en rêvent pas mais plutôt parce qu’ils considèrent que ce n’est vraiment pas le moment. «Manque de visibilité», comme diraient cyniquement les économistes.

Je continue : 87% se sentent incapables d’épargner, non pas qu’ils soient devenus subitement de grands dépensiers inconscients mais parce que le moindre dirham qu’ils arrivent à gagner s’évapore aussi vite dans la consommation bassement domestique de tous les jours. Et j’arrive au plus affreux: 83% des ménages prévoient une augmentation des prix dans les prochains jours. Il faut dire que pour ce dernier chiffre, on n’a pas besoin de sortir de HEC ou de Sup de Co pour le deviner. Ça fait longtemps qu’on n’arrive plus à imaginer une baisse des prix, même pas en rêve. Bref, vous l’avez compris, les Marocains et les Marocaines sont en pleine déprime, et on le serait pour beaucoup moins. Je ne voudrais pas rajouter de l’huile sur le feu – surtout au prix où est l’huile aujourd’hui et peut-être celui de la butane demain – mais, ce qui est encore plus inquiétant, c’est qu’au vu de toutes les enquêtes similaires précédentes, jamais leur moral n’a été aussi bas !

Et moi, qui suis censé vous faire marrer, je sens que ça va être de plus en plus difficile. Tiens ! Je crois que mon moral commence aussi à baisser…

En attendant que les choses évoluent et que ça aille mieux, je souhaite à tous les optimistes et toutes les non désespérées un très bon week-end. Quant aux autres…
un dernier mot sous forme de devinette pour rigoler un peu : Si M. Ramid n’était pas ministre, pensez-vous qu’il aurait fait la grève aujourd’hui avec ses confrères avocats contre le ministre de la justice ?

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