Mieux vaut en rire : En attendant, on attend la fête…

Mieux vaut en rire : En attendant, on attend la fête…

On raconte qu’il fut un temps où à chaque ramadan, il fallait susciter, provoquer ou carrément créer un grand évènement pour occuper le petit peuple pendant les journées de jeûne et surtout durant de longues heures après le ftour. C’était une manière assez intelligente, nous précisent les anciens, pour que les citoyens qui n’étaient encore que des sujets, évitent de parler des sujets politiques, et se contentent de commenter les faits divers et variés. Vrai ou non, je ne sais pas – même si, entre nous, j’ai ma petite idée là-dessus – mais je crois que tout ça, c’est le passé. En fait, aujourd’hui c’est encore plus simple qu’avant : on n’a pas besoin de créer de faux passe-temps, il s’en crée des dizaines chaque jour.  

Avant, c’était de fins limiers dédiés à ces missions qui cherchaient pendant des mois l’événement idoine qui allait nous obliger de nous désintéresser des problèmes majeurs pour nous pencher sur de vraies fausses affaires dont nous n’avons que faire. Aujourd’hui, tout le monde, inconsciemment ou non, volontairement ou non, se met à notre service pour nous informer et surtout nous permettre de commenter allègrement cette fausse vraie information. Journalistes réels ou virtuels, politiciens professionnels ou aspirants amateurs, ou parfois de simples quidams néo-électroniques, tous ces gens-là nous servent à satiété des centaines de news.

Nous n’avons que l’embarras du choix. Que toute cette diarrhée informative ne soit qu’invention ou spéculation, n’a aucune importance pour les assoiffés de nouveautés que nous sommes. Qu’importe l’info pourvu qu’il y ait le plaisir… d’en rire. Ou d’en pleurer. Car il y a de tout dans ce qu’on nous raconte de faux. ça va de la super bonne nouvelle du mariage chimérique de l’avant-centre remplaçant de l’équipe des jeunes de Boujaâd, au viol collectif d’un troupeau de chèvres par un bélier voyou dans la région des Abda, en passant par – tiens, ça , c’est la dernière – le mec qui prend le micro de force dans une mosquée de Settat pour annoncer tout fièrement que c’est lui le fameux «Mehdi l’attendu».

En vérité, le truc qui marche le plus, surtout en fin de période de carême, c’est le débat houleux et chaleureux sur le prochain remaniement du gouvernement, débat où tout le monde jure de connaître la vérité, alors que personnellement je pense que tout le monde ment. Si je dis ça, c’est parce que je constate amèrement que nous ne discutons jamais sur des informations vraies et vérifiées, mais tout simplement sur des suppositions et des supputations balancées ça et là par des feuilles de choux pas plus informées que vous et moi. Pis encore : on dit le tout et son contraire sur la base d’un simple ouïe dire.

Cette denrée qui ne coûte pas un rond, est la matière première de tout informateur ou polémiqueur qui ne se respecte pas. Devant les arguments d’un « ouïe-direur », vous n’avez qu’une seule arme pour vous défendre : la sourde oreille. Il est inutile de chercher à le convaincre car il finira toujours par avoir le dernier mot. En tout cas, en un mot comme en mille, on a aujourd’hui une chance inouïe : personne n’a plus besoin de payer personne pour occuper le peuple pour qu’il ne s’occupe plus de politique que ce soit durant le ramadan ou les autres mois de disette.

Désormais, il cherche et trouve lui-même ses propres occupations. De plus, ça l’amuse parce que ça… l’occupe et comble le vide dans lequel il vit parfois pour ne pas dire souvent. Maintenant, malgré tout ça, il y a des choses qui continueront de le préoccuper: sa vie de tous les jours. Tenez, dans pas longtemps, ça va être la fin de la faim, et donc ça va être la fête. Or, lui, il a peur que ce soit sa fête. Pauvre peuple !

En attendant, bonne fin de ramadan et bon week-end à toutes et à tous.

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