Mieux vaut en rire: Finances sans conscience…

Mieux vaut en rire: Finances sans  conscience…

Je viens de rentrer de Genève. C’était la dernière étape d’un long périple qui m’a mené de Paris où j’ai fait une escale purement technique pour tromper l’ennemi, jusqu’à Hong Kong et Singapour, en passant par les Bermudes, les Iles Caïmans, et puis Jersey, et enfin Bruxelles où j’en ai profité pour aller saluer un vieil ami et illustre inconnu du nom de Gérard Depardieu.

Genève, c’était un peu pour mettre la cerise sur le chocolat. Comme vous êtes tous mes amis et toutes mes amies, je vais vous révéler les vraies raisons de ce voyage : j’ai décidé, moi aussi, de répondre à l’appel du gouvernement de mon pays, et de rapatrier tous mes biens, actifs financiers, liquidités et tous les autres fruits des innombrables transactions plus ou moins occultes que j’ai effectuées durant ma très riche carrière professionnelle. Il faut vous dire qu’autant il m’a été très aisé d’acquérir toutes ces richesses, et ensuite les sortir, les investir, ou juste les déposer dans les coffres confortables qui s’offrent à tous les cachottiers comme moi, autant la tâche de faire l’opération à l’envers s’est avérée des plus périlleuses.

Je ne peux pas tout vous raconter, entre autres pour préserver les intérêts de mes amis et collègues qui ont encore du mal à croire qu’ils peuvent jouir et profiter ici même dans leur propre pays de tout l’argent gagné pas forcément à la sueur de leur front, mais bon… Comme on dit si bien, c’est l’intention qui compte et seul le fauché fait des comptes. Je vous disais donc que je ne pourrais pas tout vous dire sur le comment j’ai liquidé en quelques heures toutes mes sociétés-fantômes éparpillées ça et là dans le monde, et ramassé toutes mes cliques qu’on m’a judicieusement livrées très grosses coupures pour ne pas trop alourdir mes grosses valises et mes gros sacs estampillés Lancel, Vuitton et compagnie, et toutes mes claques, entendez par là tous les bijoux hors de prix de ma femme et toutes les montres et tous les diamants hors de portée de tous les curieux et de tous les envieux.

L’essentiel c’est que tout ce joli magot est en ce moment en lieu sûr en attendant mon réveil. En effet, c’est demain matin à l’aube que j’ai rendez-vous avec ma banquière que j’appelle très innocemment «mon trésor», à qui je vais remettre, non sans une toute petite appréhension somme toute très naturelle, ce beau cadeau en guise de contribution, c’est le cas de le dire, de ma modeste personne à la relance de l’économie de mon pays et au grand développement auquel il aspire légitimement.

Tout cela, c’est grâce aux nouvelles dispositions de la loi de Finances 2014 et de l’Office des changes qui sont entrées en vigueur et qui permettent, je vous le rappelle, «à toute personne possédant des avoirs à l’étranger non déclarés, de régulariser sa situation auprès de l’Administration fiscale et de l’Office des changes, moyennant le règlement d’une contribution libératoire». On m’a prévenu et rassuré que l’opération est simple comme bonjour et rapide comme adieu. Quant à cette fameuse «contribution libératoire», elle serait si symbolique et si modique qu’il faut vraiment être un pingre doublé d’ingrat pour refuser de la payer.

Alors, honnêtes citoyens, qu’attendez-vous pour faire comme moi ? D’ailleurs je crois qu’il est temps que je me réveille. ça tombe bien, ma femme, avec sa fausse Rolex et ses bracelets en toc, est en train présentement de me secouer. «Chérie, Donne-moi 2 minutes, le temps de boucler la mallette pour aller où tu sais». «Lève-toi ! Justement, c’est l’huissier qui t’a ramené une lettre de l’avocat de la banque». M…! C’était juste un rêve. Pourtant, vous l’avez vu, ça partait d’une bonne intention. Tant pis. Ça sera pour une autre fois.

En attendant, j’espère que ceux qui ont des trucs réels à rendre, qu’ils le fassent vraiment. C’est bon pour leur conscience et c’est bon pour le bled. Bon week-end à tous les contributeurs et à toutes les contributrices. Quant aux autres…

Un dernier mot sous forme de devinette pour rigoler un peu : pourquoi on n’a pas inséré dans le questionnaire du recensement cette jolie et brève question : mais d’où tu as eu tout ça ?

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