Mieux vaut en rire : Les coups et les couleuvres…

Mieux vaut en rire : Les coups  et les  couleuvres…

Je vais vous paraître bien naïf et, en fait, je le suis très bien, mais je le vis très mal. Je dois vous avouer que j’ai toujours été la candeur dans toute sa splendeur. En vérité, mon plus grand problème, c’est que je n’arrive pas à admettre que je dois être encore un des rares dans ce pays à refuser de croire qu’il faut qu’on arrête… d’y croire. Tout d’abord, je dois vous dire que même mon psy à qui je me suis adressé pour m’aider à me libérer de ce boulet que je traîne depuis ma plus rebelle adolescence, a fini par jeter l’éponge. Le pauvre, après avoir tenté en vain durant plusieurs mois de me faire voir «la réalité en face», un jour, il m’a accompagné jusqu’à la porte de son cabinet et il m’a vivement conseillé d’aller… rêver ailleurs. Et comme je n’ai plus que vous, chères lectrices et chers lecteurs, à qui je peux encore me confier, j’aimerais que vous éclairiez ma lanterne car, franchement, je me sens dans l’obscurité la plus totale. Je vais aller droit au but. Depuis quelque temps, on ne parle plus que de remaniement. Vous allez me dire que ce n’est pas nouveau, et que des remaniements, on en fait partout ailleurs, et je vais vous rétorquer que c’est justement ça mon problème : pourquoi, partout ailleurs, ça se fait dans les règles de l’art, c’est-à-dire les règles de la démocratie, alors qu’ici, chez nous, on a l’impression que ça se fait un peu au petit bonheur la chance? Or, j’ai toujours vu qu’ailleurs, il y a plus ou moins clairement des partis appelés de «droite», d’autres appelés de «gauche», d’autres de «centre», et d’autres encore «d’extrême gauche» ou «d’extrême droite». Je voyais que chaque parti choisit son camp, le proclame et le rappelle tout le temps. Et quand il s’agit, par exemple, de constituer un gouvernement, celui-ci émane forcément et obligatoirement de la majorité qui a remporté les élections, laquelle majorité est forcément et obligatoirement monocolore, ou, tout au plus, avec quelques nuances en plus. Par contre chez nous, on nous en fait voir de toutes les couleurs. Chacun peut prendre la place de n’importe qui d’autre, quitter un partenaire aujourd’hui pour s’allier avec un adversaire d’hier qui, lui-même, vient de s’amouracher de son ennemi juré de l’avant veille, et tout ça, se fait au vu et au su de tous ceux et toutes celles qui ont voté pour tout ce beau monde, sans que quelqu’un ou quelqu’une ne proteste ou juste ne trouve ça un peu «chouia» anormal. Et à chaque fois, il n’y a souvent que moi et quelques rares ingénus comme moi qui trouvent à en redire. Bon, je veux bien, comme disait l’autre, que «chez nous, c’est pas pareil», mais, sincèrement, il faudrait qu’on arrête de nous prendre tous pour des daltoniens. Sinon, qu’on nous convainque une fois pour toutes, ou qu’on le décrète même officiellement, que c’est bien ça notre spécificité et que nous sommes tellement spécifiques qu’il n’y a chez nous ni droite ni gauche, ni conservateur, ni progressiste, ni réactionnaire, ni révolutionnaire, ni authentique ni moderne, ni impie ni islamiste, bref, nous sommes tous kif-kif, bref, tous pareils. Si c’est ça l’idéologie dominante, moi je veux bien, et je suis même prêt à y adhérer et la faire mienne, mais à une condition et une seule : qu’on ne nous parle plus jamais ni d’élections, d’électeurs, ni de candidats, ni de scrutin, ni de bulletins, ni surtout pas de clairvoyance et de transparence, et là, je crois qu’on pourra, peut-être, enfin, y voir clair. Oui, je suis bien naïf, mais que voulez-vous, il faut de tout pour faire un monde, y compris le meilleur des mondes possibles.
Bon week-end les candides et bonne continuation les autres.

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