Mieux vaut en rire: Quand clémence rime avec démence…

Mieux vaut en rire: Quand  clémence rime avec démence…

Si vous n’avez pas encore deviné de quoi il s’agit, je vais vous le dire : la corruption, mais pas n’importe laquelle. Je vais traiter de la plus insidieuse et la plus dangereuse d’entre elles : la corruption que je qualifierais de culturelle ou, si vous préférez, de normale. Je crois que si on l’appelle comme ça c’est parce qu’elle est devenue si courante, si habituelle qu’elle a fini par se banaliser, par se normaliser, par être presque définitivement déculpabilisée.

En effet, même si elle n’est pas dépénalisée, heureusement d’ailleurs, elle est considérée par beaucoup d’entre nous non pas comme un délit, mais comme une espèce de… débrouillardise. Et moi, justement, ce qui me révolte, c’est que quand on refuse de jouer à ce petit jeu malhonnête et sournois, on est considéré, souvent, comme, disons le mot, des imbéciles.

Combien de fois ai-je entendu de mes propres proches des reproches de type : «mais pourquoi tu veux payer 300 DH – ou parfois beaucoup plus –  alors qu’il te suffit de filer un petit billet de 50 DH. Ni vu, ni connu, et c’est bon pour toi et bon pour lui». Je suis sûr qu’en lisant ça, beaucoup de lecteurs et de lectrices qui sont aussi «stupides» comme moi, vont se retrouver. Tenez ! Et si on créait un «club des résistants au bakchich normal». Peut-être qu’à plusieurs, on pourrait contribuer à inverser le courant de la corruption… courante.

En fait, je crois que ça  a déjà commencé. D’ailleurs, j’en ai parlé dans un billet récemment. Vous savez, cette affaire des flics filmés par un motard espagnol… Alors, justement, parce que la vidéo en question a fait le buzz sur Internet, elle a également initié un débat dans les cafés du commerce et dans les chaumières, débat souvent contradictoire et, hélas, toujours en faveur aussi bien des corrompus que des corrupteurs.

Je vais vous dire franchement pourquoi j’ai décidé de revenir sur ce sujet nauséabond et de lui consacrer ma chronique hebdo : c’est parce qu’une autre vidéo est venue ajouter de l’eau au moulin de tous ces «pauvres malheureux».  Ce qui est encore plus révoltant dans cette affaire, c’est que cette vidéo a été apparemment réalisée et postée par un organe de presse des plus respectables. Il s’agit d’une interview de la maman d’un des deux policiers piégés par le touriste espagnol à Tan Tan.

Toute l’interview est à la décharge de ce policier et elle est orientée de telle sorte que nous spectateurs et spectatrices soyons apitoyé(e)s par le cri d’amour de cette pauvre  mère, et que nous accordions notre pardon à son malheureux fils qui serait «totalement» innocent surtout qu’il est marié, qu’il a des enfants, que c’est lui et lui seul qui la fait vivre, elle qui est vieille, malade et handicapée et que, dans tous les cas, il ne peut plus trouver un autre travail parce qu’il n’entend plus d’une oreille à cause d’un accident de… travail.

Je vous jure que je n’ai rien inventé. Moi aussi je suis un humaniste et je peux comprendre la détresse de cette maman et son désespoir, mais, soyons un peu plus sérieux. D’abord, ce n’est pas à la presse de jouer le rôle d’avocat de la veuve et de l’orphelin. Ce n’est ni sa spécialité ni sa vocation. D’autre part, si on se met à jouer à ce petit jeu-là, on va bientôt nous filmer la mère d’un meurtrier en train de chialer, la fille d’un pédophile ou la femme d’un mafioso en train de supplier.

Il faut qu’on choisisse, une fois pour toutes, la société que nous voulons construire. C’est simple: soit une société honnête et moderne, avec des valeurs morales et des principes éthiques, qui peut effectivement aller de l’avant ; soit rester des gens sans valeurs, des gens conservateurs, archaïques sous-développés, bref, des gens qui continueront de faire du sur-place et donc de revenir en arrière. Pardonner ou avancer, à nous de choisir.
En attendant, je souhaite à tous les résistants et à toutes les résistantes un très bon week-end. Quant aux autres…

Un dernier mot sous forme de devinette pour rigoler un peu : Pourquoi on hésite à s’inscrire sur les listes électorales alors qu’on nous supplie de le faire ?

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