Patrick de Longrée, un amoureux de Marrakech

En ce mois de février, avec le temps et le climat qui deviennent de plus en plus doux, Marrakech quitte les froideurs de l’hiver et s’approche petit à petit de la saison printanière, saison des fleurs et des bonnes odeurs. Depuis quelque temps, les étrangers affluent ici dans notre ville et par la force des choses on rencontre des personnalités soit dans une galerie, une manifestation et par un autre ami. En effet, mon ami Denisleddet me présente un jour Patrick de Longrée qui est producteur de spectacles de théâtre, un amoureux de Marrakech. Patrick est belge, il est né le 17 juillet 1962 à Leuven pour faire des études secondaires au collège N.D de Basse Wavre puis des études de philosophie à l’université de Louvain.
En 1987, Patrick eût l’idée de fonder avec un ami (Rirus) une société de production de spectacles : D.E.L Diffusion, qui s’intéressera plus au théâtre de plein-air dans les ruines de la magnifique abbaye cistercienne à Villers-la-ville. On y verra successivement et entre autres : Roméo et Julliette, Cyrano de Bergerac, Barabbas, Hamlet, Don Juan, La Reine Margot, Les misérables, Macbeth… chaque spectacle attirait plus de 30.000 spectateurs. A titre d’information mon ami Patrick me dit : « Nous préparons pour l’été 2004, une nouvelle création en français du célèbre opéra-rock, d’Andrew Lloyd-Weber « Jesus-super star », «Dernièrement, Patrick me fait savoir que sa société a produit des spectacles familiaux comme « Peter Pan», « Pinocchio », « Emilie Jolie» ou encore « La fugue du petit poucet».
Afin d’éclairer le lecteur, je demande à Patrick qu’est-ce qu’un producteur : « Vois-tu Aziz, le métier est rare en Belgique, on peut l’apparenter à un directeur de théâtre car gestion artistique et financière sont liées. Le producteur a une fonction productive dans l’élaboration des projets et dans la recherche des financements ». En 1997, viendra le tour de la pièce « Angelo, Tyran de Padoue » de V. Hugo suivie de celle: « Images de la vie de St François d’Assises » de Ghelderode (98). La barre des 25.000 sera atteinte avec la fameuse pièce de Molière : Don Juan » avec une réalisation d’Armand Delcampe (1999).
En 2000, Del Diffusion va se tourner vers le style épopée avec « Thyl Ulenspigel », épopée musicale de Charles de Coster, mis en scène de Michel Guillou, avec une musique d’Isabelle Rigaux.
Le triomphe du travail de mon ami Patrick et son équipe va se réaliser avec les trois derniers grands spectacles : tout d’abord avec « La Reine Margot», d’après la pièce d’Alexandre Dumas (2001), « Les misérables » d’après le roman de Victor Hugo (2002). Ces deux spectacles ont été mis en scène par Stepen Shank. Enfin et en 2003, Partick de Longrée produira la célèbre pièce : « Macbeth » de W. Shakespeare. Del Diffusion ne s’arrêtera pas là, mais produira aussi des spectacles de « familles » comme je l’ai cité auparavant : Peter Pan, Pinocchio, le Petit poucet…
Quelle beau parcours que celui de ce jeune producteur belge qui est maintenant attaché viscéralement à Marrakech. Alors je lui demande pourquoi ? « La rencontre avec Marrakech est le fruit du grand hasard. Il y a 15 ans, une amie, agent de voyage connaissait mes exigences: le soleil, le calme (pour mes lectures), l’animation (pour ma curiosité), elle me propose ce paradis. Depuis j’y viens au moins deux fois par an avec le même plaisir et le même bonheur ». Patrick me raconte que sa relation avec la médina (qu’il adore) a connu une évolution. Au début, elle lui paraissait (comme tout touriste) agressive, impénétrable, rebelle et presque hostile. Au fil du temps et grâce à la politique d’ouverture de SM le Roi et des autorités, la rencontre lui semblait plus agréable, plus profonde, plus vraie et il a commencé la découverte des ruelles avec les recoins insoupçonnés de la médina, les derbs labyrinthiques, les placettes ensoleillées. Il a été conquis par le regard des gens, leur gentillesse et surtout leur bonne humeur. Son plaisir s’est intensifié après un séjour dans un riad avec des amis, si bien qu’à chaque fois il réunit un autre groupe d’amis pour revenir dans un autre riad retrouver le calme, la quiétude au milieu de la médina grouillante, tumultueuse et débordante de vie. Suite à plusieurs séjours, Patrick décide de poser réellement ses valises, ses livres, ses rêves et comme il le dit : « Au moins quelques semaines par an et probablement jusqu’à la fin de mes jours».
Quelle évolution intéressante, chez ce garçon, plus de talent, de courtoisie et de modestie. Alors je lui demande ce qu’il aime réellement ici à Marrakech. « Il est difficile de formuler ce qu’on aime ici, c’est du domaine de l’inexplicable. Marrakech est un aimant qui agit sur vous sans que vous vous en aperceviez. Marrakech fascine, désoriente, impose ses contrastes, un oasis au milieu d’une plaine avide, des montagnes autour, le soleil omni-présent donne durant le jour, une multitude de coloration, aux murs, aux visages, aux ruelles, cette lumière belle et changeante. Le bruit et les odeurs : les musiciens sur la place, les effluves des épices et les senteurs du bois de cèdre ou du cuir fraîchement tanné. Les milliers de visages sont là, le sourire aux lèvres. J’admire le savoir-faire artisanal transmis de père en fils. Les cigognes volent toujours au-dessus de votre tête et puis le secret de ces riads derrière ces hauts murs de la médina. Le thé, toujours partout, symbole de l’ouverture et du partage vrai et simple, la beauté des mosquées, des remparts avec une belle architecture comme celle de la médina, de la Bahia ou du bassin de la Menara, l’explosion des couleurs dans les mosaïques, dans des plafonds aux teinturiers. Alors cher ami Aziz, comment qualifier autrement Marrakech, que par des bribes de phrases, des mots éclatés, symbole d’une multitude de perceptions à la fois irrationnelles et prégnantes, d’une foule de sensations inexplicables ». Marrakech ne se visite pas, elle se vit. Il faut plonger son corps et se laisser guider par le mystère, par la découverte au coin d’une rue. « Je ne m’en lasse pas. J’aime traverser la médina et m’y perdre, je sais que je n’ai encore rien vu ». Ses amis à Marrakech sont bien sûr les Belges qui l’accompagnent pour discuter le soir à la lueur d’une bougie sur une terrasse de riad avec un dîner de plats succulents. Ce sont des moments privilégiés, un repère de bonheur de sa vie trop chargée. Mais dit-il, ce sont aussi des amis marocains et le plaisir de les avoir rencontrés chez eux avec un accueil et une grande chaleur humaine, un fréquent théâtre de tous les courants de pensée qui traversent Marrakech. Ces gens l’aident par leurs conseils et lui fournissent des clés pour découvrir la mystérieuse ville, « si bien que j’ai l’impression d’être un vrai Marrakchi ».
Patrick me raconte qu’il a découvert et aimé Marrakech grâce à Quentin Wilbaux qui a consacré ces 20 dernières années à l’étude architecturale de la médina et à la prise de conscience de sa sauvegarde et sa conservation. Son travail témoigne de la passion qu’il porte à cette partie de la ville. Patrick envoûté par le charme de Marrakech décide donc d’y habiter, ou tout au moins avoir un endroit où il pouvait venir fréquemment pour quitter la pression du travail, le stress de la vie et les nombreuses obligations et responsabilités de la vie professionnelle débordante. Il lui fallait ce changement d’air pour plonger dans un environnement fascinant et lire les livres en attente. Avec Manuella et Phillippe, des amis, ils achètent un riad abandonné mais magnifique dans sa sobriété. Son patio le faisait penser à l’abbaye cistercienne, lieu des productions de ses spectacles. Niché au profond d’un derb, lieu empreint de spiritualité car mitoyen du tombeau de l’un des sept saints marrakchis. « J’ai l’impression, dit-il, que cette maison me tendait les bras ».
La rénovation est en cours, dans la sobriété, respect du lieu sans aller dans les folies démesurées d’Européens nantis. Prenant conseil, visitant des riads authentiques, Patrick essaye de redonner à son lieu, son image authentique d’avant.
« Les plus beaux moments, pour moi, ce sont les repas partagés avec les artisans, en plein chantier, sur des briques devant ce tagine de tomates-omelette.
Nous ferons le méchoui à la fin des travaux ». Patrick me raconte une anecdote marrante : « Il y a une dizaine d’années, embêtés, mais amis et moi, par un faux-guide qui voulait savoir si on était Anglais, Français ou Allemands, Denis un ami, se mit à parler une langue imaginaire, incompréhensible pour répondre aux assaillants. Tout en gardant notre sérieux, le faux-guide entama la conversation avec notre ami, dans la langue qu’il croyait en être une. Finalement nous avons éclaté de rire pour conclure : « Etait pris qui croyait prendre ».
Patrick a des projets pour Marrakech où il prépare déjà tous ses projets de spectacles en Belgique. Il est toujours accompagné de ses nombreux livres et de son ordinateur portable pour réfléchir aux orientations de son travail. Ses collaborateurs redoutent ses retours de Marrakech car ils savent qu’il en revient avec une longue liste de tâches et une énergie renouvelée. Il me dit : « Je suis frappé par le développement de Marrakech par l’ouverture que ce pays exprime de plus en plus. L’impulsion du Roi Mohammed VI n’y est pas étrangère et je crois que le Maroc s’inscrit dans une évolution qui sera bénéfique au pays ;des signes concrets ont été prodigués récemment : la libération des journalistes, la revalorisation de la condition de la femme, la mise en place de la commission « Equité, réconciliation ». Actuellement, Patrick a été sollicité de faire partie, dans cette volonté d’ouverture parmi les membres fondateurs du centre de culture euro-méditéranéenne du Maroc à Marrakech. Je suis fier d’en faire partie, pour contribuer au rapprochement des peuples européens et marocains. Il veut apporter sa petite pierre à cet édifice qui est en train de se construire. « J’espère, dit-il, que l’Europe sera réceptive et que des projets d’échanges, notamment de jeunes de différentes nationalités, contribueront à élargir les mentalités et à ouvrir les esprits. Cher Patrick, bienvenue dans ta nouvelle maison mais pense à nous réaliser au Théâtre royal une grande production et, pourquoi pas, une épopée de l’Histoire du Maroc ?

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