Patty Cadby Birch : Une grande dame à Marrakech

Nous avons toujours parlé dans la lettre de Marrakech de cette belle ville attirante pour les visiteurs et les touristes qui viennent chercher le calme, le divertissement et le repos. Aussi on se rend compte que cette ville possède une espèce de magnétisme qu’elle exerce sur ces gens et ce, depuis bien longtemps.
Parmi cette dernière catégorie de personnalités, nous trouvons Patty Cadby Birch, une Américaine qui est tombée amoureuse de Marrakech depuis son jeune âge puisqu’elle est née un certain 25 janvier 1923, à New York dans une famille intéressante. Son père était sculpteur de profession ayant fait ses études à l’Ecole des beaux-arts de Paris pour ensuite s’installer dans son pays d’origine.
Sa mère, d’origine russe, belle femme ayant bercé ses sept enfants dont la plus jeune est Patty, objet de notre article. L’enfance de cette grande dame s’est passée dans une ferme, aux alentours de New York, à Stonly Point, au milieu des chevaux, des animaux et de la nature.
« J’ai eu, dit-elle, une enfance heureuse, comme peu de personnes. » A 12 ans, ses parents l’envoient à Paris, à l’Ecole Notre Dame de Sion, établissement réputé pour donner aux pensionnaires des cours de savoir-faire et de savoir-vivre ainsi qu’une éducation des bonnes manières. Pendant l’autre moitié de l’année, elle allait sur la côte d’Azur pour pratiquer son sport favori, le tennis, de façon professionnelle et en exhibition avec le grand champion américain Tildon. De retour à New York, chez ses parents, Patty s’inscrit à l’université de Virginie, mais les livres et les cours ne l’intéressaient guère, car dit-elle : « Je peux lire chez moi ». Mais sa mère lui dit dans ce cas, il faut que tu trouves du travail. Patty se présente au bureau de placement qui lui proposa un poste de standardiste immédiatement dans l’heure qui suit. Mais arguant un rendez-vous urgent dans la matinée, elle demanda de n’y aller que vers 14h, le temps, en fait pour elle d’aller chez une amie dans un hôtel s’entraîner à ce métier.
Quand elle commença dans la société, elle trouva un standard compliqué et différent de celui du matin.
Inutile de vous dire qu’elle mélangeait à tort et à travers les communications et au bout de 2heures, le directeur est venu lui dire : « Get out » (dehors). Quand elle se présenta le lendemain au bureau de travail, on lui propose une place chez un dentiste comme aide avec la condition de ne plus revenir en cas d’échec, mais aussi pour le dentiste qui a déjà renvoyé les 10 précédentes postulantes. En arrivant chez lui et après le tour de maison, elle passa trois jours à se rouler les pouces et le dentiste à lire le journal, car pas de clients. Patty eu, alors l’idée géniale d’appeler les anciens clients du répertoire pour avoir de leurs nouvelles et savoir si tout allait bien. Le lendemain, ils sont passés pour des soins et le cabinet était plein.
Cela a valu à notre Patty des récompenses et des encouragements. Mais Patty n’avait qu’une idée en tête. Elle voulait être dans le monde de l’art, dans le top et pour faire ce qui est le meilleur. Un jour, elle reçoit une lettre d’une amie suisse de l’école dont le père cherchait à vendre 3 tableaux au musée de Philadelphie. Elle voulait un vendeur intermédiaire avec le musée et sans hésiter, Patty lui répondait que c’était elle. Le parrain de Patty lui conseille de s’adresser à David Rosen, conseiller du musée (mort en 1957) dont la parole et l’expertise étaient, en ce moment, comme parole de Dieu. Elle me raconte, « Culottée, comme je suis, je lui téléphone pour lui demander d’être son élève, à côté de lui pour réussir ». Elle se présente à son bureau, mais Rosen était vieux Patty reste plantée, pendant 10 jours devant son bureau du matin au soir sans qu’il lui parle. Le 10ème jour se produit un moment fort quand on présente à l’expert Rosen, un tableau de Van-Gogh. Elle va vers lui et lui dit : « C’est un faux ». Comment le savez-vous ? Elle répond : « Tout le monde peut le voir ».
Monsieur Rosen la prend et la présente à une fameuse galerie Knoeidlers qui cherchait pour elle, un acheteur de tableaux d’impressionnistes. Voilà trouvé le premier job de Patty qui ira plusieurs fois en France avec à chaque fois une prime intéressante en plus de ses frais de voyages. Elle commence à être connue et avec l’argent gagné, s’achète un beau terrain aux îles Vierges à St Thomas (les deux autres îles sont St Croix et St John). On lui proposa Cuba mais elle refusa, car Patty se veut « voyante et prévoyante ». Elle me dit: « Je suis née avec un voile sur la tête (chez nous on l’appelle mahjouba) ce qui donne à ces nouveau-nés un don de prévoyance et de communication avec les absents. Patty me dit avoir eu des expériences terriblement intéressantes dans ce domaine. Madame Patty me raconte qu’elle s’est mariée en 1950 avec un jeune avocat, très célèbre, car major de sa promotion à 20 ans (mort en 1987), mais étant asthmatique, ils ont décidé de quitter les USA pour les Iles Vierges où il assuma son métier mais aussi celui de directeur d’une société de pétrole à St Croix. Patty ouvrira une galerie qui marchera très fort jusqu’en 1988, date de sa fermeture pour retourner à New York où elle continua de travailler dans le département des arts islamiques que dirigeait Richard Ettingj Hausen, le plus célèbre spécialiste des arts islamiques au monde au Métropolitain Museum de New York.
Le travail fait par Patty, dans ce département est énorme et nécessite des livres pour le décrire. Intéressons-nous seulement à ce qu’elle a fait au Maroc, pays qu’elle aime ainsi que Marrakech et la famille royale. De notre Souverain elle me déclare : « Mohammed VI est un grand Roi, je l’ai rencontré Prince héritier lors de la restauration du Minbar de la Koutoubia, un homme extraordinaire, très sensible plus que tout autre, un grand coeur qui veut bien faire pour son pays, pour le bonheur de son peuple, je le sens car il est d’une simplicité exceptionnelle, ce qui le rend très grand.»
Et Marrakech chère amie Patty : «Vois-tu, Marrakech c’est le ciel sur terre, un paradis où les gens sont merveilleux et ils ont une qualité unique au monde celle de s’occuper de l’autre. Le Maroc est le pays où chacun se sent responsable de l’autre que ce soit dans la famille, d’un invité où d’un étranger, et pour l’hospitalité : c’est une leçon pour tout le monde entier ». Pour parler du travail réalisé par Patty au Maroc, elle me demande de me concentrer essentiellement sur quelques projets:
– La restauration du Minbar de la Koutoubia (un livre a été consacré à ce travail, presque épuisé). « Je suis venue au Maroc la première fois en 1960 puis à Asilah où je devais m’installer mais l’hiver à Marrakech est plus doux. A ce moment, le Métropolitain Museum faisait des études sur l’art islamique de l’époque andalouse du 15ème siècle et le problème du Minbar s’est posé quant à sa restauration.
Il était très fragile. Le musée a pensé le restaurer à New York avec tous les problèmes de transfert. Mais ce Minbar était scellé avec une colle de poisson, le bouger, l’exposait à un effritement et peut-être à le casser en petits morceaux à cause du transport et du changement de climat. Pour la 1ère fois, le Métropolitain décide de faire l’opération sur place pour restaurer ce Minbar, « le plus précieux au monde, le plus beau », dit-elle. Il doit rester pour le devenir et l’éternité humaine. Donc Patty a été désignée responsable du projet, car aimant Marrakech et fin spécialiste. Une équipe est venue avec elle, pendant un an, faire le travail et en même temps former des Marocains dans l’art de la restauration.
En fin de parcours, rappelons-nous de cette grande réception à Marrakech qui a réuni les plus grands spécialistes du monde de l’art islamique pour fêter la restauration de ce beau Minbar de la mosquée de la Koutoubia.
Du reste, le nom de Patty Cadby Birch est inscrit sur le Minbar.
Bravo Patty, et Marrakech ne l’a pas oubliée puisque le 6 mars prochain, elle recevra, lors de cette Journée de la femme, une décoration, en reconnaissance aux services rendus à notre ville.
Aujourd’hui Patty est à Marrakech avec un souci, celui de finir le musée d’arts à Bab Doukkala au palais El Bacha. Elle l’imagine comme un petit Métropolitain avec les plus grandes collections d’objets d’arts existantes (itinérantes). Elle veut laisser ce palais sobre, sans toucher aux murs. Il y aura des vitrines dans la moitié du palais pour les expositions.
Il faut rappeler aussi que Patty Birch avait consacré sa cause à l’Institut des aveugles à Marrakech en leur offrant du matériel informatique en Braille. Le 26 février de ce mois, une cérémonie a été organisé dans ce centre car elle leur a offert une nouveauté : des animaux massifs en bois avec dessus et en Braille leur description. Cela permettra aux aveugles-nés de palper ces créatures pour reconnaître et s’imaginer ce qu’est un lion ou un chien, un chat ou encore un hippopotame…
Quelle merveilleuse idée de faire cela. Enfin Patty a fait venir de l’étranger des tissus fluorescents qu’elle veut, en collaboration avec des volontaires mais surtout avec la mairie de la ville, découper en petits morceaux et les coller sur les bicyclettes, les deux roues et les charrettes. Cela évitera beaucoup d’accidents le soir grâce à ce signal «lumineux ».
Parmi les actions sociales entreprises par cette grande dame, c’est celle d’aller réaliser un puits aux alentours du barrage de Lalla Takarkoust, en partenariat avec un donateur anonyme et la commune, ce qui a permis de stabiliser la population qui commençait à déserter le coin. Aujourd’hui heureusement tout le monde est revenu. Merci Patty.
Quand on est à côté de cette grande dame, calme et souriante, on sent chez elle, une grande envie de faire beaucoup de choses pour notre pays car Patty s’inscrit dans cette catégorie de gens qui espèrent rendre le monde meilleur, un monde en paix où règnent le bonheur, la tolérance et le respect mutuel entre les peuples. Vois-tu, Patty, c’est la politique que nous ressentons aussi, ici au Maroc grâce à notre Roi et à notre peuple. Et comme il faut bien conclure cette page, permets-moi de t’appeler : «Great women of Marrakech ».

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