Plus si bonnes que ça…

Plus si bonnes que ça…

Et je parle de la politique en général, pas seulement au Maroc. Tenez ! L’autre soir, alors que vous étiez sûrement tous couchés, moi je n’arrivais pas à fermer l’œil, alors j’ai allumé la télé là où je l’avais laissée et je suis tombé sur qui ?

Nadine Morano, déjà célèbre par ses sorties pas toujours lumineuses. Qu’est-ce que ça m’a énervé ! Non, ce n’est pas ses foutaises sur le prétendu statut originel des Français – «des judéo-chrétiens de race blanche». N’importe quoi ! – ça, ce n’est pas tout à fait nouveau car son copain et actuel soutien Philippe de Villiers avait déjà sorti un truc pareil, mais c’est le fait que la plupart des invités sur le plateau soient restés aussi gentils et aussi courtois avec elle. Il y a eu, certes, quelques remarques presque chuchotées des uns et des autres, mais c’était très timide. Même Laurent Ruquier que je pensais plus virulent, a joué à l’outré très bien élevé. C’est vrai, c’est la liberté d’expression et tout ça, mais à sa place, je lui aurais demandé de quitter le fauteuil et d’aller rejoindre sa copine Marine. Je ne sais pas d’ailleurs pourquoi je vous parle de ces types aux ondes mauvaises, alors que je voulais vous parler plutôt des… bonnes.

Oui, on avait commencé par les appeler comme ça en Français parce que c’était des bonnes à tout faire, et on a continué de le faire parce que tout simplement on continue de leur faire faire tout, absolument tout, même si mon éducation et ma timidité ne me permettent pas de vous citer tout. Ce n’est pas pour rejouer mon protecteur et mon défenseur de la veuve et de la bonne, mais c’est un truc qui m’agace au plus haut point et si je pouvais le crier tous les jours, je ne me retiendrais pas. Je crois que la dernière fois que j’ai traité ce sujet dans un de mes papiers, c’était au lendemain de la sortie du film «L’enfance volée» de mon ami Hakim Noury, autrement dit ce n’était pas hier.

Et si je n’ai plus pipé mot ou très peu sur la situation scandaleuse de ces pauvres jeunes filles et jeunes femmes c’est plus par désespoir que par lâcheté. J’ai l’impression que «la bonne» tient une place tellement importante dans les foyers des Marocains et des Marocaines, du moins ceux et celles que je connais ou que je côtois, que la moindre allusion à l’éventualité de changer son statut, et donc sa situation, risque de bousculer tous les équilibres consensuels acquis au détriment de cette «catégorie de personnel», comme on dit dans le langage des médias et des syndicats. Mais franchement, j’en ai par- dessus la tête d’entendre les gens, et parfois très proches de moi, se lamenter sur le comportement de leurs «bonnes» qu’elles viennent du bled, de pays sub-sahariens ou même des lointaines Philippines et qui, selon leurs nombreux témoignages subjectifs et douteux, «ne font jamais ce qu’on leur dit», «tardent toujours quand on les envoie faire des courses», «restent toujours trop longtemps dans les toilettes» – que d’ailleurs on a parfois aménagé spécialement pour elles avec notamment le fameux siège à la turque –  «sentent toujours mauvais alors qu’on les envoie un bain maure du quartier au moins une fois par mois»,  «cassent toujours tout et le font souvent exprès», «profitent de l’absence de ses maîtres pour taper dans le frigo et surtout pour se goinfrer de trucs qu’elles ne connaissent pas» etc. etc. etc. et surtout, surtout, «elle ne  sont jamais là quand on a besoin d’elles et en particulier au moment des fêtes».

Et voilà, j’y arrive. Au moment où j’écris ces lignes destinées cyniquement à bon nombre de mes amis et proches qui se reconnaîtront, il y en a parmi qui continuent de râler et de pester contre ces «7ramiates», ou si vous préférez, ces «voyelles» qui sont  «une race à part» – ce sont mes amis et mes proches qui parlent – et qui les prendraient eux, elles et leurs enfants en otage, mais qui resteraient toujours «un mal nécessaire». Quelle piètre consolation ! Au fond, voyez-vous, chez nous aussi, nous avons nos Nadine Morano et nos Philippe de Villiers à nous.

En attendant d’avoir des hommes politiques assez futés et des femmes politiques assez audacieuses pour imposer de vraies lois et pour mettre un peu d’ordre dans tout ça, je souhaite à tous et à toutes les anti-esclavagistes un très bon week-end. Quant aux autres…
Un dernier mot sous forme de devinette pour rigoler un peu : Si les Américains nous avaient fait un coup aussi peu sympa que celui des Suédois, est-ce qu’on allait  fermer alors tous les Mac do et interdire aux consommateurs de boire du Coca ?

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *