Poignant !

Poignant !

Le Maroc est endeuillé et bouleversé par le plus tragique accident d’autocar de son histoire. Je voulais moi aussi revenir sur ce drame ici et puis…une jeune Marocaine Asmàa Fakhoury, s’est exprimée sur le web par ce texte poignant – j’espère qu’elle ne m’en voudra pas -mais je vais m’effacer très modestement devant ses paroles et vous les livrer :
«Je n’oserais jamais t’envoyer cette lettre mais je l’écrirai quand même. Voici une lettre que tu ne recevras jamais.

Je t’écris pour te dire que je te quitte…Je ne t’aime plus.

Mon cœur ne bat plus quand
je pense à toi. Je ne sens plus fleurir en moi ces milliers de fleurs que tu plantais à travers un regard, un sourire…De ton univers, je ne garde qu’un souvenir et quelques gouttes d’amertume qui s’évaporent devant les rayons de soleil qui illuminent ma nouvelle vie…

Et pour la première fois, laisse-moi crier au monde Ô combien j’étais triste dans tes bras. Tu m’as fait perdre une partie de mon existence. Ma dignité ne vit plus. J’ai creusé avec mes mains une tombe profonde où j’ai déposé sa dépouille. On m’a déclaré morte le jour où ta main est venue atterrir sur ma joue. J’ai senti la lourdeur d’un poids qui m’était étranger. Le poids d’une gifle, de la honte…Tu m’as cassée et je t’ai aidé à le faire. Je n’ai jamais rien dit. J’ai étranglé mes sanglots par mes propres mains. Ces mêmes mains qui te lavaient le soir, cuisinaient tes repas, lavaient ton linge…Me demanderas-tu si je me rappelais de nos beaux moments, de nos voyages ? Oui Monsieur. Je garde le souvenir des mots qui me traversaient le cœur en flèches dans tous les endroits où nous avions voyagé. Les voyageurs se rappellent des noms des villes, des restaurants, des plages et des musées… Je ne garde que le souvenir de mes sanglots, de mes crises de folie, de ma rage quand tu fermais la porte de la chambre où tu me laissais par terre pleurer ma faiblesse et l’injustice de mon monde…Nos regards ne se sont pas croisés la veille car j’avais peur que tu lises dans mes yeux le nouveau souffle qui jaillit en moi. Ne m’as-tu pas appris à cacher mes secrets… Je n’ai pas eu le courage de te dire ce matin: Je m’en vais. Je te laisse la maison, la télévision, les assiettes et les couverts…Je te laisse le lit…Je te laisse mes peurs…Je n’aurai pas besoin de tes affaires là où je pars…Je veux sentir le sable, la bonté, la simplicité et la grandeur de Dieu…

Je n’ose pas attendre et m’aventurer dans le premier bus en direction du désert. Le chauffeur est vieux. Le bus est sale. L’atmosphère y est lourde. Je prends quand même un ticket et m’installe devant. Pour une fois, je suis devant et seule. Je sors mon ordinateur et t’écris cette lettre. La vie m’ouvre ses bras. Le bus démarre. Je ne réalise pas encore que je suis libre, libre comme le vent qui vient chanter sur les dunes du sable. Je regarde le ticket. Je relis à voix haute le nom du bus : Ahlan wa Sahlan. Serait-ce un signe du destin. La vie m’accueille-t-elle enfin? Vais-je enfin vivre ?

Une d’un quotidien marocain: Un accident d’autocar est survenu mardi sur la route reliant Marrakech à Guelmim, ayant fait 42 morts et 24 blessés».

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