Point de vue : Bisou bis…

Point de vue : Bisou bis…

«Ça suffa comme ci» ! L’expression peut paraître bizarre dans l’inversion des voyelles mais en fait elle est employée lorsque l’on décrit un ras-le-bol par rapport à une situation où «l’on marche sur la tête», or tel est bien le cas !

4 ans après «l’affaire du bisou des jeunes ados de Nador» qui auraient été condamnés sans une véritable mobilisation sur les réseaux sociaux pour cause de baiser posté sur Facebook, nous retombons dans un pseudo psychodrame quasi identique.

Une enseignante surprend une jeune fille échangeant des baisers avec l’un de ses camarades, alerte la direction du lycée Mohammed V de Meknes et aussitôt le conseil décide d’exclure définitivement la jeune fille et de transférer son camarade dans un autre établissement. Quelle conception de son métier a donc cette enseignante ? Son devoir était de prendre le temps de discuter avec ces jeunes, de leur expliquer que le respect d’une salle de cours est un devoir pour chaque étudiant, de faire preuve de pédagogie, d’écoute, d’intuition. Si la discussion ne suffisait pas et que le recours à la hiérarchie s’impose, que n’ont donc pas fait preuve de discernement ces «responsables» : un baiser justifie-t-il d’hypothéquer l’avenir de ces jeunes, et quelle est donc cette logique qui veut que l’on expulse l’une et que l’on transfère l’autre ???

Si l’on considère qu’effectivement il y a infraction au règlement intérieur de la Fac alors il existe suffisamment de sanctions susceptibles d’être proportionnées à la faute: rédaction d’un texte sur le sujet, aide aux devoirs envers des élèves du primaire, organisation d’un débat sur les droits et devoirs des étudiants dans l’enceinte d’une école… bref autant de moyens de faire preuve de pédagogie sans mettre en jeu l’avenir de ces jeunes et sans exposer à l’humiliation publique la jeune fille, car c’est bien entendu sur elle que rejaillit l’opprobre. Il faut voir la réaction des étudiants dans une vidéo où elle est clairement accusée d’avoir harcelé le garçon !!!!

Meskin, qui aurait donc été embrassé à l’insu de son plein gré….

Ça suffa comme si, nous sommes dans le grotesque total, je voudrais tout de même saluer 2 réactions : celle du papa de la jeune fille qui s’est insurgé du traitement réservé à son enfant, rappelant que la première réaction aurait dû être de l’informer, et enfin la réaction de l’Académie qui a annulé les sanctions et réintégré les 2 jeunes gens. On le voit, notre jeunesse continue d’être traitée en dépit du bon sens et si l’on veut la rappeler à l’ordre lorsque cela est nécessaire, alors il nous faut nous adultes, et tout particulièrement les responsables, être exemplaires. Or peut-on savoir quelle sanction a été prononcée à l’égard de ce couple de sexagénaires (il est vrai éminentes personnalités politiques) qui avait fait bien plus que d’échanger un baiser dans une voiture sur une plage de Mohammedia ???

J’entends déjà ceux qui viendront me dire que ma réaction est une incitation à la débauche – il conviendrait déjà de définir ce qu’est la débauche- Je connais notre jeunesse, je sais à quoi elle aspire et surtout je la respecte : notre première responsabilité envers eux sur un tel sujet est de leur prodiguer une éducation sexuelles digne de ce nom (n’est-ce pas d’ailleurs le rôle de l’école), s’embrasser n’est pas un crime et le flirt n’est-il pas un chemin naturel vers la vie en couple, vers le mariage, mais puisqu’effectivement échanger un baiser dans une Fac n’est pas tolérable alors il y a bien d’autres façons de faire comprendre cela à des jeunes que de les exclure.

Prenons garde à la façon dont nous considérons notre jeunesse, si nous coupons tous les ponts avec nos adolescents, d’autres se chargeront de les accueillir, pour le pire !

Il semblerait que l’Académie a décidé de réintégrer la jeune fille.

Décision de pur bon sens…

Une belle occasion de discuter directement entre adultes et jeunes s’offre à nous ce mardi 7 octobre à 18 h au Jardin du Ritz à Casablanca, autour de Sanaa El Aji et de son livre « Sexualité et célibat au Maroc» lors de la seconde édition de «Des Bouquins et des Jeunes» organisée par les associations Marocains Pluriels juniors, Anou’Arts et les éditions Le Fennec.

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