Point de vue : Non, nos valeurs n’ont pas disparu, elles évoluent !

Point de vue : Non, nos valeurs n’ont pas disparu, elles évoluent !

Confiance, quel beau mot ! à lui seul il est la clé de tant et tant de maux !

Invité à participer aux Matinales organisées par le Groupe Le Matin il y a quelques jours, je me suis efforcé à l’instar des autres intervenants de faire de ce terme le B.A-B.A de ce que doit être notre réflexion sur le nouveau modèle de développement, auquel -individuellement et collectivement- nous devons tous réfléchir. Confiance ! Cette vertu, cette valeur sans laquelle rien ne peut se construire et qui malheureusement est devenue une denrée rare chez nous actuellement. C’est hélas son contraire la défiance qui est devenue notre lot commun. Défiance vis-à vis des autres, vis-à-vis de nous-mêmes, vis-à-vis des politiques, des élus, de certaines de nos institutions…or que peut-on bâtir sur la défiance ?

Nous sommes face à deux impératifs :

– redéfinir un contrat social et donc recréer du lien social

– faire de la jeunesse le moteur de ce nouveau modèle de développement

Nous pourrons construire toutes les autoroutes, tous les TGV que nous voudrons – et il le faut- nous pourrons opérer toutes les réformes que nous voudrons si la jeunesse reste à la marge -si elle est exclue- elle sera comme un clou dans la chaussure de tout projet de développement.

Nous parlons valeurs : les valeurs sont la base même de tout modèle de vie en société, de tout vivre-ensemble.

Or les valeurs qui aujourd’hui font modèle sont le dealer plutôt que le leader, l’argent facile, le chacun pour soi, le tout tout de suite. Oui il nous faut du civisme, de la citoyenneté, du respect, oui il nous faut la confiance mais il nous faut aussi de l’amour, de l’empathie. J’entends beaucoup dire que nos jeunes ont perdu repères et valeurs, et si nous pensions les choses différemment, si en fait c’étaient plutôt les repères qui avaient perdu les jeunes?

Et si nos jeunes étaient en train de vivre -et de faire vivre – d’autres valeurs, s’ils étaient en train de dessiner une autre société ? Non pas une société sans valeurs mais avec des valeurs redéfinies et avec de nouveaux repères ?

Les générations précédentes étaient les héritières de valeurs transmises par «la morale», notamment pour certaines d’entre elles héritées de notre tradition cultuelle et culturelle mais aussi pour nombre d’entre elles héritées d’une sorte de carcan fait de tabous, de hachouma qui aujourd’hui n’ont plus lieu d’être. Un jeune de 20 ans aujourd’hui par exemple n’a pas le même rapport à son corps que l’avait un jeune de 20 ans en 1950… est-ce que pour autant il faut voir en ces jeunes des dépourvus de valeurs ?

L’épanouissement personnel est aujourd’hui une valeur première alors qu’auparavant c’est le collectif qui était privilégié : comment donc permettre que ce désir légitime n’empêche pas le bien commun… Voilà une piste de réflexion à laquelle nous devons trouver des réponses car elle englobe les libertés individuelles, la liberté d’expression, l’ordre public, la prise en compte des minorités et donc la définition d’un projet de société fédérateur et mobilisateur.

Or nous ne venons pas de «nulle part», nous sommes une grande Nation de par son histoire, son vécu, sa culture, son patrimoine : il est donc impératif de ne pas faire «table rase», mais de faire preuve d’audace, d’esprit d’innovation. Par exemple il est nécessaire d’intégrer la culture -et le sport- dans le processus de «modernisation» des valeurs et pour cela ne pas tomber dans le piège qui voudrait opposer «valeurs traditionnelles» et «valeurs universelles» , qui contrairement à ce que veulent nous faire croire certains ne sont pas importées d’Occident. Le mot «universel» a un sens !

A un nouveau modèle de développement doit précéder -ou accompagner- une nouvelle façon de penser, d’être : l’égalité, l’empathie, la parité, la solidarité, l’ouverture au monde, la tolérance, la responsabilité individuelle en sont les ingrédients…

Les réseaux sociaux, le rap, les terrains de foot sont devenus des tribunes, des espaces de revendication et de dénonciation, ils le sont devenus sous l’impulsion de la jeunesse certes, mais ils le sont aussi devenus car nulle part ailleurs l’opportunité de «dire» n’est offerte : les meetings des partis politiques n’attirent que les militants, les syndicats ont une portée très limitée, les grandes organisations de jeunesse sont en déshérence, les Maisons de jeunes ne sont plus un espace de création et d’expression depuis longtemps, les émissions de débat dans nos médias sont rares… il fallait donc que notre jeunesse trouve – ou s’invente – de nouveaux canaux.

Expérimentons donc le rôle des modèles positifs, des exemples valorisants, favorisons l’émergence de leaders issus des nouvelles générations, c’est ainsi que se «réguleront» aspirations personnelles, nouvelles et fabrication de commun. Ne soyons pas une superposition d’individus mais une addition de citoyens désireux de vivre ensemble, dans leur diversité et leur ressemblance.

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