Point de vue : Non tout le monde ne cherche pas à partir

Point de vue : Non tout le monde ne cherche pas à partir

Je sors d’une profonde immersion de 3 jours au sein de notre jeunesse à l’occasion du Forum euro-méditerranéen des jeunes leaders à Essaouira, si je ne devais retenir qu’une chose de ce rendez-vous annuel (alors qu’en vérité j’en retiens énormément), ce serait cette formidable liberté de parole et liberté de ton de nos jeunes.

Libérés de tout carcan ils expriment avec intelligence leur ressenti, leurs espoirs, leurs envies mais aussi leurs critiques et leurs colères, ils posent en tout cas aujourd’hui un regard sans complaisance sur notre société, pour autant contrairement à beaucoup d’autres «catégories» de citoyens (dont nombre de nantis au réflexe égoïste), il serait faux de penser que notre jeunesse ne songe qu’à une chose: fuir le pays ! Bien sûr ceux-là existent et hélas la mer qui engloutit nos «ouled chaab» en témoigne mais pour être juste et rendre à César ce qui lui revient, je voudrais quant à moi parler de ces centaines, de ces milliers de jeunes qui ne baissent pas les bras, n’ont pas l’intention de quitter le sol natal et bien au contraire agissent, œuvrent, luttent au quotidien pour rendre notre société plus juste, préparer leur avenir et celui des générations futures et au final font progresser notre pays et contribuent à le rendre plus équitable et porteur d’espoir.

Pour illustrer cet état d’esprit je voudrais vous faire partager ce texte écrit par un jeune très talentueux, Oussama Bakkali, qui a ce don de retranscrire avec justesse les sentiments de sa génération.

Son texte est franc, lucide, dur parfois mais porte en lui toute une perspective…d’avenir.

«Marcher est un exercice formidable.

Eviter de rester statique, le mouvement étant un créateur de nouvelles possibilités, de nouvelles opportunités.

Et certaines fois, marcher peut également être un digne professeur de la vie, c’est ainsi qu’en arpentant les rues de ma Casablanca natale, je n’en finis jamais d’apprendre. Sur son histoire depuis les temps immémoriaux, sur ses gens qui habitent ses villas et ses bidonvilles, sur la coexistence de ces cultures totalement opposées mais effectives.

Aujourd’hui en marchant, j’apprends encore.

L’incertitude, la douleur et le mécontentement font le quotidien de nombre de concitoyens; les jeunes de toute part du pays murmurent : «Il n’y a plus que l’échappatoire, et que le dernier à quitter éteigne les lumières». Et l’on parle bien de jeunes de toutes conditions sociales, les jeunes cadres et diplômés en ligne de front. Une crise d’état, mise en sourdine.

La jeunesse : «Elle parle trop mais n’en sera pas capable», disaient-ils quand celle-ci a voulu faire avancer le pays, prendre part à la gouvernance, remplacer ceux qui d’une ère antédiluvienne restaient encore accrochés-et qui empoisonnaient incessamment le système.

Cette jeunesse à qui l’on a refusé son engagement, à qui l’on a imposé corruption et clientélisme en contrepartie du succès, qui est à la recherche d’une vie digne loin de la survie humiliante dont profite cette poignée d’oligarques qui ne redistribuent aucun rial des richesses qu’ils engrangent grâce à la poigne et à l’intellect sous-payé des dignes marocains. Marcher m’a fait rencontrer tant de personnes. Certaines avec qui j’ai eu des discussions que je n’aurais certainement jamais eues, à quelques choix différents, et qui m’apprirent tellement.

Marcher m’a appris à analyser.

Et malgré le fait que je sois tout autant sujet aux problèmes de ma génération, je ne peux me résoudre à trouver dans la fuite la solution. Il serait temps de lever cette épée de Damoclès qui plane comme une ombre sur l’avenir de la jeunesse marocaine. Cette ombre sombre, opaque, annihilant tout espoir et dont la source est bien connue de tous : cette médaille de corruption tantôt agissant comme une faux qui coupe les espoirs et les rêves des jeunes à la racine, tantôt une perche tendue pour une poignée déréglant ainsi tout un équilibre social n’ayant pour autre résultat que nombre de maux qui gangrènent notre société. Eux disent : «que le dernier éteigne la lumière», mais à mon avis seule la moitié de la lumière est allumée pour l’instant, d’où cette grande part d’ombre. Ouvrons les rideaux, laissons le soleil repénétrer notre beau Maroc, aérons nos chambres parlementaires et nos bureaux ministériels, prenons un grand souffle d’air frais et mettons-nous à la tâche.

Faire le grand ménage est une longue marche essoufflante. Mais il faut bien un début à toute chose. »

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